Partie 2« Salut ! Mon nom, c'est Jim Schuldlosigkeit – un truc imprononçable, je sais. J'ai treize ans et on me dit souvent que je suis androgyne. Je vis à la campagne, dans la magnifique région de Dasverloreneloch, ce que les touristes appelleraient un ''trou perdu''. Pourtant, j'adore me balader le long de ces interminables champs de fleurs, et m'amuser avec les personnes que j'adore, et je voudrais que ça ne change pour rien au monde ! »
- Ça y'est, Jim pique son extase. Tu nous refais le coup à chaque saison en fait, c'est ça ? Pour pas qu'on oublie qu'aujourd'hui est le 21 Mars.
« En parlant des personnes que j'aime, lui, c'est Alexis, mon ''grand frère''. Je dis pas ça seulement parce qu'il est petit pour son âge – seize ans – mais aussi juste parce que c'est plus un frère d'adoption qu'un frère de sang. Mais pour moi, cela ne change absolument rien. C'est mon frère. En plus, Alexis ne se préoccupe jamais de choses superficielles comme celle-là. D'ailleurs, on dit que ses longs cheveux bouclés lui donnent un air sombre, mais je ne suis pas d'accord ! Car ses yeux verts sont pétillants de vie et d'intelligence. Il faut dire que mon frère, c'est un grand philosophe, hein. Vous allez sans doute soupirer – rohh, le barbeur – mais non, la philosophie, c'est bien. J'apprécie particulièrement discuter de tout et rien, le soir, à la lueur des bougies ou de la lune. D'ailleurs, on dort souvent à la belle étoile, et là, il réussit toujours à m'apprendre de nouvelles choses. Chaque discussion est un enrichissement continu de mes connaissances. Oui bon, ça fait un peu lourd de dire ça comme ça, mais mon frère, il aime les phrases bien faites. Evidemment, un garçon de seize et de treize ans ne parlent pas de la même façon, c'est évident. En plus, je ne suis pas aussi intelligent que lui. »
- C'est pas vrai, hein ! que je réponds. C'est important quand le beau temps revient, et je suis content de revoir le soleil et les fleurs !
- Oh, comme c'est mignon.
« Je descends en bas, et là, je vois... des tartines grillées ! Chouette ! Chouette parce que l'on peut les recouvrir de beurre, ou alors de miel, que je préfère de loin. J'aime bien les choses sucrées, car elles sont plus douces. Je mords à pleines dents dans ce don du paradis tandis qu'Alexis me regarde manger avec un grand sourire. Il est toujours souriant mon frère, même lors des moments difficiles. C'est là qu'il s'approche près de vous et dit : ''Eh, ça va, là. Eh, je suis là, pour toi''. Et c'est vrai que jusque maintenant, il a toujours été près de moi pour me soutenir : les tartines bénites en sont la preuve ! Hihi. »
« Après ça, on sort voir le soleil nouveau ! Mon frère a une écharpe grise autour du cou, une casquette vissée sur la tête et un simple T-shirt. Brr... Je frissonne rien qu'en le voyant. Ce n'est pas encore l'été ! Moi, je sors mon éternel béret bleu marine, et avant de faire quoi que soit, Alexis entoure de ses bras mes frêles épaules en m'enfilant un sweet indigo.
- Il ne faudrait pas attraper froid alors que le soleil est de retour, me murmure-t-il à l'oreille en resserrant son étreinte.
Et nous voilà de nouveau sur les routes de l'aventure ! »
« J'aime bien notre maison. Elle est assez petite et comporte plusieurs pièces : au rez-de-chaussée, la cuisine, qui fait office de salle à manger, avec le frigo, la cuisinière, le four à micro-onde, le petit four, la table avec la nappe rouge et blanche et ses trois chaises. Il y a aussi un petit salon, où l'on peut s'allonger dans un fauteuil et se perdre alors dans le merveilleux monde de la lecture. On accède au premier étage – le seul d'ailleurs – par une petite échelle de bois. Là, on y retrouve ma chambre ainsi que celle de mon frère. Comme je l'ai dit, c'est pas très grand, mais c'est très chaleureux et je m'y suis toujours senti heureux : on n'est bien nulle part ailleurs que chez soi ! »
- Tiens, les filles sont déjà de sortie, constate Alexis. Une première.
« Linda Regenboden me ressemble beaucoup : cheveux bruns, yeux vairons, taille mince et silhouette élancée. Ici, elle parait un peu timide derrière Angie Morgenröte, mais je le dis tout de suite, ce n'est qu'une façade ! D'un an son ainée – Linda en a quatorze –, Angie a des cheveux noir jet mi-courts et ses yeux d'un bleu profond reflètent la couleur du ciel. »
« Linda est une fille très compétitive qui adore s'amuser. Combien de fois ne m'a-t-elle pas défié à la course ou autre chose ! La fois où on a traversé le champ tout entier après avoir parcouru l'étang à la nage, celui à qui se bourrera de plus de fraises possible en disant ''Strawberry... Strawberry...'', ou encore à qui pêchera le plus gros poisson ! Et à chaque fois, elle réussit toujours à inventer de nouveaux challenges ! Même si elle peut être une véritable boule d'énergie, Linda se montre aussi très douce. Elle s'adonne particulièrement à l'ornithologie – c'est-à-dire l'observation des zozios – et prend un malin plaisir à dessiner les malicieux volatiles, merveilleux musiciens de la nature. Et je peux dire que j'ai rarement vu quelque chose d'aussi magnifique.
« Angie, quant à elle, est un peu plus grande que Linda. C'est un véritable cordon bleu ! Rien que pour les crêpes à la cassonade et au sirop d'érable – généralement réservé à mon frère – j'en suis mort de bonheur ! Le paradis de la langue ! C'est souvent elle d'ailleurs qui prépare les repas, quand nous sommes de sortie par exemple. Elle chante aussi très bien et concurrence les pauvres oiseaux qui se taisent alors sous le charme. Et oui, elle adore la musique et joue du piano depuis toute petite déjà. Des mélodies un peu mélancoliques et joyeuses, mi-triste mi-heureuse, la ''Joyful Sadness'' comme dirait mon frère, que j'apprécie particulièrement. »
« Les filles, je les connais depuis toujours, un peu comme mon frère. Nous avons grandi tous ensemble, et personne ne pourrait nous imaginer un jour séparés. Avouez quand même qu'à nous quatre, nous formons une belle bande ! »
« Dès le matin, nous sommes déjà sur les routes. A midi, nous mangeons presque toujours à la même table, que ce soit chez moi et mon frère, chez les filles ou encore à la plaine – là, c'est à même la nappe, ou parfois rien du tout. Nous sommes d'ailleurs très souvent de sortie. Le soir, juste avant de s'endormir, nous regardons les étoiles, et l'un de nous quatre raconte une histoire. Après, nous sortons nos sacs de couchage et nous nous serrons tous les uns contre les autres, même Alexis, qui veut toujours avoir de la place ! En tout cas, je vous le dis, rien de tel qu'une ou deux présences féminines pour bien dormir, croyez-en ma jeune expérience. »
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