Deaf, Blind, Dump - Part 17

Deaf, Blind, Dump - Part 17

Chapitre 8 : At The Moment



Partie 17



« Vendredi 30 novembre. Aujourd'hui, je suis malade. Je suis tellement terrassé par la maladie que je suis cloué au lit. Je n'aime pas être malade. Quand on est malade, on est faible. Et je n'aime pas être faible. Je n'aime pas montrer que, moi aussi, je puisse faillir.

- Junge, il y a quelqu'un pour toi.

- Ah ? Ahhh ! Joy. Entre, fais comme chez toi. Tu es certainement fatiguée d'être venue jusqu'ici. Tu veux quelque chose à boire ?

- Non merci. Et non je ne suis pas fatiguée. Tu sais, c'est la porte à côté.

- Ah bon ? On est voisin alors ? Enchanté.

- Gros bêta !

- Aïeuh, mais ça fait mal. On frappe pas les malades.

- Sinon, à par ça, t'as quoi exactement.

- Boh, une bonne grippe.

- Une mauvaise grippe.

- Ouaip, un truc dans le genre.

- Fait celui qui ne sait rien.

- Mais, mais... Le docteur, y m'a rien dit.

- Tu sais que tu es trognon quand tu fais le petit garçon.

Nous éclatons de rire jusqu'à en avoir mal aux côtes, ou jusqu'à s'étrangler dans une quinte de toux en ce qui me concerne.

- Eh ça va, s'affole Joy.

Je hoche la tête en signe d'affirmation et essaye de me reprendre.

- Oui, ça va.

Je me rallonge. Le mythe est définitivement parti en fumée.

- Bon, je vais te laisser. Je dois faire mes devoirs, moi aussi.

- OK. A plus alors.

Je n'ai pas pu attendre qu'elle sorte. J'ai fermé les yeux et ai sombré dans les limbes. »

« 6h 14. Je suis réveillé. Je me sens mal. Pas aussi mal qu'hier mais, certainement plus que demain. Théoriquement, aujourd'hui, j'ai athlétisme. Dans mon état, je n'irai pas. Tant pis. Ce n'est pas pour une fois. En plus, en décembre, il caille sur le terrain. Je préfère donc mon lit bien chaud. »

« Joy vient encore me voir aujourd'hui. Elle ne peut plus se passer de ma petite personne on dirait.

- Salut, ''Billie''. Alors, tu vas mieux à ce que je vois.

- Salut, ''Koy''.

- ''Koy'' ?

- Ben oui, tu sais, les poissons rouges qu'on met dans les bassins pour faire joli.

- Le rapport ?

- Le même qu'entre Junge et Billie.

- Mais y'en a un.

- Selon ton débile de frère.

- Il est pas débile. Dis tout de suite que tu n'es pas réceptif à son humour.

- Humour totalement débile je te dis.

En fait, j'aime bien ''Billie''. Mais seulement quand c'est Wil qui le dit.

- Sinon comment ça va bien ?

- Bien, puisque tu le dis. Tu canaping.

- Ouaip.

- Ce n'était pas une question.

- Tu es venue pour te foutre de ma gueule ?

- Mais non, je te rassure. Je suis venue voir comment tu allais pas mal. Et aussi, pour te faire profiter de mon talent au piano.

- Ben voyons. Tu ne viendrais pas plutôt pour mes beaux yeux ?

- Prétentieux. Enlève tes chaussettes.

- Non merci, mes chevilles vont bien.

Joy s'assied au piano qui se trouve dans le salon, et qui appartient ma mère. Elle fait glisser ses doigts sur les touches en ivoire, faisant s'élever dans le silence de l'après-midi une douce mélodie mélancolique. C'est son répertoire favori : mi-figue mi-raisin comme dirait son débile de frère. Nous nous laissons bercer par le rythme lent et profond de la musique. Je ne sais pas pourquoi, mais, à ce moment, j'ai su qu'il fallait que je fasse quelque chose. Je me lève et m'approche doucement. Joy continue de jouer. Je pose délicatement mes mains sur ses hanches. Elle frémit légèrement. Elle semble légèrement... angoissée.

- Joy...

Ma poitrine se soulève au rythme de ma respiration. Elle n'est pas saccadée. Je suis encore calme.

- Tu ne viendrais pas plutôt pour mes beaux yeux ?

Ce n'était pas une question. A cet instant, je voulais qu'elle soit venue pour mes beaux yeux. »



© Long and Short Stories

# Posté le mardi 30 décembre 2008 11:36

Deaf, Blind, Dump - Part 18

Partie 18



« (...) C'est quelque chose qu'on ne choisit pas. Comme le bonheur ou la tristesse. (...) Ça nous tombe dessus sans prévenir, sans même qu'on ne le sache. Puisqu'avant de le connaître, on ne sait pas ce que c'est. »

« Lorsque Joy se retourne vers moi pour me faire face, je me penche et vient coller mes lèvres contre les siennes, furtivement. Je recommence une deuxième fois, puis une troisième fois. Et puis, j'avance ma langue, lentement. Je tombe sur une autre langue – tiens, bizarre tout ça. Je joue un peu avec. Je tourne autour du pot, avant de partir en refermant la porte derrière moi. »

« Quelques secondes, une éternité. Elle n'a rien dit. Je n'ai rien dit non plus. Elle est partie. »

« Aujourd'hui, j'ai invité Joy à venir ''goûter''. Pourquoi pas. Je me sens beaucoup mieux. En fait, je suis guéri. Ah, les miracles de l'amour. ''Miracles ?'' ''Amour ?'' Et... ? C'est bizarre. Je ne sais plus quoi penser. J'ai agit sur le moment. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas. Je l'ignore. Il n'y a pas de malentendu. Cette situation ne me déplaît pas. Je ne vais rien changer. »

« Elle a mis un chemisier blanc, sa mini-jupe rouge en accordéon et ses fameuses mitaines noir-rouge que lui a offert son frère. Ça commence à devenir bateau comme cadeau. Wil, il serait temps de faire montre d'imagination. En plus, si elle sait que j'aime bien quand elle les met, c'est que ce nabot débile a encore balancé. Je le retiens. »

« Wil me félicite justement quand Joy arrive. Pour la deuxième fois de la journée. C'était prémédité : il l'a fait exprès pour me mettre dans l'embarra. D'ailleurs, comment était-il au courant ? »

« J'ai été nous chercher des éclairs au chocolat. Elle adore ça. Et oui, Wil balance dans les deux sens. C'est un vrai connard en fait. Ma mère est sortie, donc on se retrouve seul. On va dire que c'était à moitié prévu. Ce n'est pas plus mal. Si elle avait été là, Joy aurait été gênée et se serait abstenu de me dévorer du regard.

- Tu ne manges pas ?

- Si, si, je mange.

- Mes yeux te fascinent tant que cela ?

- Ne te prends pas pour le centre du monde.

- La seule prétention que j'ai est de me croire le centre de ton monde...

Mais qu'est-ce que je raconte ? Je deviens aussi lourd que Wil. C'est du n'importe nawak ! »

« Le goûter terminé, nous allons dans le salon et nous installons dans le canapé. Je la tiens dans mes bras, je la serre. Là, maintenant tout de suite, je ne veux pas qu'elle me laisse... seul. On m'a déjà laissé une fois. Je ne veux pas que ça recommence. Ce n'était pas de sa faute, ni de la mienne. Et je ne lui en veux toujours pas. Je devrais le haïr pourtant, je ne peux pas. C'est au-dessus de mes forces. Je l'... aime. Et elle aussi... »

« Il ne s'est rien passé. On est resté là, sans rien faire, profitant simplement de la présence de l'autre. Relation version ''silence parlant''. Je ne suis pas très doué pour parler. Dans ces cas là, il vaut mieux se taire. ''Etant donné que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son, il est normal que beaucoup de gens paraissent brillant jusqu'à ce qu'il se mette à parler''. C'est vrai que, s'il n'y a pas de communication, ça ne rime à rien. Mais moi, je trouve le silence tout aussi important. Il permet de mieux appréhender les choses, de percevoir tout ce qui n'est pas dit en paroles. »

« ''Comment tu peux sortir avec ça ?'' C'est une réflexion que beaucoup de garçons font à Joy. C'est vrai qu'il y a bien mieux que moi comme ''mec''. Mais, quitte à choisir, je préfère encore moyen et réfléchi que bête et moche. De toute façon, je m'en fous. Wil aussi s'en fout. Il serait là qu'il les aurait déjà renvoyés sur les roses. On ne dirait pas comme ça, mais c'est un vrai chieur qui veut toujours avoir le mot de la fin. Et puis, les autres, ils n'ont rien à dire. Joy, ça m'embête plus.

- Ça ne va pas ?

- Hein ? Si si, ça va.

- Tu avais l'air soucieuse. Comme perdue dans tes pensées.

- Je pensais à... à tout ça.

- Tout ça ?

- Nous. Je me demandais si... si on pouvait espérer être heureux ensemble.

- Heureux ? Va savoir.

- ...

- Plus on est proche de quelqu'un, plus on redoute la solitude. L'amour blesse. Quand on aime, on donne beaucoup, mais on reçoit peu. L'amour tue.

Ça, ça fait mal. Mais bon, ce n'est pas la peine de se mentir à soi-même. ''La vie est une maladie sexuellement transmissible dont la seule échappatoire est la mort.'' L'amour n'est pas tellement différent.

- Mais moi, je suis capable de te rendre heureuse. Ce ne sera peut-être pas le bonheur rêvé, mais ce sera quand même le bonheur. Même si nous sommes tristes, même si nous ne sommes pas heureux, ce sera notre bonheur.

Là, j'ai un doute. Je la serre un peu plus fort.

- Alors, ne pense plus à ça. Pense à nous. Maintenant.

Que c'est dur d'être un garçon quand même. »

« Vendredi 14 décembre. Une après-midi d'athlétisme. Ces temps-ci, je bats sans arrêt mon record personnel : 10''00. Bientôt les 9''69. Wil va morfler : je vais bientôt égaler le ''roi de l'école''. Et ça va faire mal. »

« Bientôt déjà Noël. Heureusement, cette année, pas de problème. Et pas de chaussettes non plus. J'ai le cadeau idéal – Wil m'a tellement bassiné les oreilles avec ça. Je vais douiller, ça c'est sûr. Mais bon, que ne ferait-on pas par amour. Par amour ? Encore et toujours l'amour. »



© Long and Short Stories
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 03:43

Modifié le samedi 03 janvier 2009 05:35

Deaf, Blind, Dump - Part 19

Partie 19



« - Joyeux Noël.

Pour l'occasion, je nous ai emmenés à la mer. Je sais, en plein hiver.

- Oooh...

- Alors, tu en restes sans voix, hein ?

- Junge, mais...

- Ben voyons. Depuis le temps que ton frère me soûle avec ça. Remarque, je n'ai pas attendu qu'il me le dise pour le faire. C'était prévu depuis longtemps.

Je lui ai offert un joli petit chiot. Elle, par contre, elle ne semble pas vouloir me donner son cadeau.

- Joy. Pourquoi tu serres ton paquet contre toi ? Tu vas finir par le déchirer.

- He ben, c'est que... A côté de ça, ce n'est pas aussi...

Les filles aiment bien parler. Je me rapproche doucement, et fais glisser le paquet de ses mains. J'ouvre délicatement, en décollant le scotch. Je suis très méticuleux pour ça. Le papier est rouge et vert, avec des petits sapins dessus. Ce serait dommage de gâcher un si bel emballage. Fait avec amour qui plus est.

- Oh !

C'est hyper moche ! En fait, non ! Je trouve ça super... super tchouk !

- Si tu n'aimes pas, c'est pas grave. Je... je...

- Je me suis retenu. J'ai failli m'exclamer ''comme c'est trognon'', mais ce n'est pas trop mon genre. C'est pourtant la première chose qui m'est venue à l'esprit.

Je mets le bonnet. Il est rouge et jaune, avec un gros pompon blanc. Pompon blanc. Je ne sais pas pourquoi mais, ça sent la vanne débile – au secours, Wil déteint sur moi.

- Ça c'est le pompon. Merciii. Ça me fait trop plaisir. Mais... c'est vrai que ça ne paye pas de mine à côté du chiot. Heureusement que tu as apporté un deuxième cadeau, sinon j'aurais été franchement déçu.

Elle a mis un ruban dans ses cheveux. Ça, c'était prémédité.

- C'est moi qui devrais pleurer de joie. Le deuxième cadeau est vraiment magnifique.

Je lève lentement la main et viens caresser ses cheveux. Doucement, je défais le ruban qui s'y trouve. J'approche mon visage. Nos lèvres se rencontrent, et ma langue caresse la sienne. Progressivement, je me penche en avant alors qu'elle se recule. Il fait nuit dehors. La nuit de Noël. Il faut en profiter. Demain, Wil et d'autres copains nous rejoindront. »

« Ça y est. Wil et les autres sont arrivés. Ils font ou ont fait partie du club d'athlé. C'est une ''réunion de famille'' comme dirait l'autre. Ce soir, tous au resto. »

« Il y a beaucoup d'ambiance. Et, comme à chaque fois que des étudiants sont de sortie, l'alcool est au rendez-vous. Nous avons bien bu, et les choses prennent une drôle de tournure.

- Eh Junge, c'est elle ta copine ? Elle est bien jolie, tu ne trouves pas ?

- Boh. Elle n'est pas aussi jolie que ***. Elle, elle est vraiment canon.

- C'est vrai, mais là, on ne joue plus dans la même catégorie.

- Eh là, parle pas de ma s½ur comme ça ou j't'éclate.

- Quoi, t'es pas d'accord ? Si t'as une s½ur banale, c'est pas ma faute.

- Laisse dire, Wil. C'est un crétin quand il a bu.

- Remarque, Wil aussi est un crétin.

- Tu veux voir qui est un crétin ?

- T'en fais pas, je souffle à l'oreille de Joy. Moi, je trouve que t'es super mignonne. Viens, c'est trop agité ici.

Je me lève et l'emmène vers l'extérieur. Il fait froid, et elle se serre contre moi.

- Ça va ?

- Oui.

- Tu sais, ils peuvent bien te trouver moche. Je préfère même. Comme ça, ils restent loin de toi. J'aime pas partager. Et je partage ma copine avec personne. Même avec ton frère.

- Eh, Junge, où tu vas comme ça ?

- Ça te regarde ?

- C'est ma s½ur j'te signale.

- Et alors. C'est ma copine.

- Junge, Wil, arrêtez de vous conduire comme des gamins.

- Tais-toi, c'est une affaire d'homme tout ça.

- Non mais, vous vous croyez où là ? Au cirque ? Tant que vous y êtes, vous ne voulez pas vous battre pour moi, non ? »

« Je crois que Joy nous en a voulu. A Wil et à moi. Pour me faire pardonner, je l'emmène au Zoo, à Cologne. On fait avec ce que l'on a. Je signale quand même que le chiot est passé par là. Donc, le Zoo. Toute une diversité de formes et de couleurs. De la vie bien sûr. Encore la vie ? C'est pour ça que Wil fait la bio, n'oublions pas. La bio. C'est une idée. Nous restons deux jours. C'est tellement grand, et toutes les espèces méritent qu'on leur accorde le temps nécessaire pour voir une petite fraction de leur vie quotidienne. Vivre à l'instant présent. ''Leb die Sekunde.'' L'avenir est tellement incertain qu'il vaut mieux se préoccuper de l'instant présent. Ce qu'il importe vraiment, c'est de se donner la peine de construire un meilleur présent. Le bonheur au présent... Peut-être. »



© Long and Short Stories
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 05 janvier 2009 01:33

Deaf, Blind, Dump - Part 20

Partie 20



« Lundi 21 janvier. Je n'ai pas adressé la parole à Joy. Pas un regard, rien. Je n'ai pas pu. Et je ne peux même pas lui dire pourquoi : c'est bientôt le jour-anniversaire de la mort de Jolan. Et je suis tombé sur un vieil album photos. Si je me laisse aller, je vais tout déballer. Ça lui fera mal, et le mythe du garçon fort et protecteur s'effondrera pour de bon. »

« Vendredi 25 janvier. C'est aujourd'hui. Je ne veux parler à personne. Et justement, la seule personne que je ne veux absolument pas voir est là.

- Ah. C'est toi.

- T'as pas l'air content de me voir.

- Pas tellement, non. Je préfère rester seul, là.

Ce n'est pas vrai. Je te veux auprès de moi. Mais... je ne peux rien te dire.

- Désolé de m'en faire pour toi. Je m'inquiète moi. Pourquoi tu ne veux pas me parler ? Tu m'as évitée toute la semaine.

- C'est peut-être que je n'ai pas envie de te parler.

Je veux tout te dire. Tout ce que j'ai sur le c½ur, pour que tu me prennes dans tes bras. Mais... je ne peux pas.

- Pourquoi tu dis des choses blessantes ?

- Pourquoi t'es là ?!

Oh, merde ! Voilà qu'elle se met à chouler. Mais, je ne vais plus tenir très longtemps. Mes yeux commencent déjà à picoter. Il faut absolument qu'elle s'en aille.

- Laisse-moi maintenant. Je veux rester seul.

C'est faux. Je t'en prie, reste !

- Pourquoi... pourquoi... tu ne... me laisses... pas... t'aider ?

« Ça y est. Elle est enfin partie. Enfin... C'est la deuxième fois de ma vie que je chiale comme ça. Il y a eu la fois où Wil m'a ''pris'' dans les douches. Et maintenant. Là, je suis seul. Je voudrais que Jolan soit là, et que Wil soit là, et que Joy soit là. Mais, il n'y a personne. ''Un garçon ne doit pas se montrer faible. Il n'a pas le droit de pleurer. Parce qu'il est là pour protéger et consoler. S'il s'effondre, qui sera là pour le protéger et le consoler à son tour ?'' Qui diable a donc bien pu inventer cette ineptie ? Je fais quoi, moi ? C'est donc ça, être un mec ? Etre seul. Pour ça, je préfère encore être une fille. Je me sens seul. Seul face à l'adversité. De toute façon, on est toujours seul quand vient l'heure de mourir. »

« Voilà. C'est fini. C'est tout ce que j'ai gagné à vouloir faire le gros dur. Elle m'a largué. Pour de bon. J'aurais l'air con, maintenant, de faire marche arrière. Mais je regrette. Je regrette tout. Toutes les conneries que j'ai pu faire. Je ne veux plus de ça. Je veux être là pour elle. Pour lui. Pour eux.

« Jeudi 14 février. Saint-Valentin. Je n'aime pas la Saint-Valentin. Je trouve cette fête débile et franchement commerciale. La ''fête des amoureux''. On n'a jamais rien inventé de plus débile que ça. C'est tellement débile que, pour une fois, ça va peut-être me servir à quelque chose. »

« J'ai essayé de lui parler. Mais, elle n'était pas prête à m'écouter. J'aurais dû parler avant, c'est sûr. Mais, maintenant, c'est trop tard. Elle est sourde, et je suis muet. C'est trop tard. ''La voie est close.'' »



© Long and Short Stories

# Posté le mercredi 07 janvier 2009 13:30

Modifié le vendredi 09 janvier 2009 09:53

Deaf, Blind, Dump - Part 21

Deaf, Blind, Dump - Part 21
Chapitre 9 : Today, during sadness



Partie 21



« Jeudi 21 février. Aujourd'hui c'est mon anniversaire. Je suis revenu pour l'occasion. On l'a toujours fêté ce jour-là, quel que soit le jour de la semaine. Du soir jusqu'au petit matin, avec alcool à volonté. Une vraie fête estudiantine. Ce n'est certainement pas raisonnable, et beaucoup de nos parents nous diraient que nous sommes des jeunes irresponsables, que nous hypothéquons notre avenir, que l'excès nuit à la santé, et d'autres choses du genre. Moi, je pars du principe que, quand c'est exceptionnel, rien n'est interdit, tant que ça reste dans les limites du raisonnable bien sûr. Je suis pour les expériences intéressantes, mais pas pour la destruction de note vie, celle-là même qui nous a été donné par nos parents. Cette précieuse vie, que nous devons considérer comme un cadeau de la Nature aux êtres vivants. ''La vie est une expérience unique. Il faut en profiter. Car on ne meurt qu'une fois.'' »

« Jeudi 21 février. Aujourd'hui c'est mon anniversaire. Je suis revenu pour l'occasion. On l'a toujours fêté ce jour-là, quel que soit le jour de la semaine. Du soir jusqu'au petit matin, avec alcool à volonté. Une vraie fête estudiantine. Et, cette année plus que les autres, l'alcool coulera à flots. C'est moi qui l'ai décidé. Pour fêter le départ de Junge. Oui. Junge est parti. Je suis allé le chercher pour préparer la soirée, comme chaque année depuis que nous nous connaissons. Arrivé chez lui, sa mère était en larmes. Je suis monté voir. Et là, ce que j'ai vu m'a... Je ne sais pas comment l'exprimer. Il n'y a peut-être rien à exprimer. Ça me déçoit de la part de mon meilleur ami. Non, en fait, ça me met en colère. Je l'aimais tellement. Et Joy aussi l'aimais tellement. Tout ça à cause d'un accident. Oui, je savais. Mais, il n'avait jamais abordé le sujet, alors je n'ai rien dis. Ce n'était pas important. Ça ne l'est toujours pas. Malheureusement, demain, on ne pourra pas s'expliquer. On ne pourra plus s'expliquer. »

« Junge a laissé un message pour ma s½ur. Et pour moi. C'est le même. »

« On ne se comprenait pas. Mais, il n'est pas interdit de ne pas comprendre. Ça fait partie des apprentissages de la vie. Comprendre. Notre existence est basée sur une compréhension mutuelle. Et c'est quand on a quelqu'un à comprendre que l'on se sent le plus exister. C'est quand on a quelqu'un à protéger que l'on se sent le plus exister. Je n'ai pas su comprendre. Je n'ai pas su protéger. Je n'ai pas su exister. Je suis désolé. Désolé pour tout. »



© Long and Short Stories

# Posté le samedi 10 janvier 2009 07:37

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 06:08

Deaf, Blind, Dump - Part 22

Deaf, Blind, Dump - Part 22

Epilogue



Partie 22



« Jeudi 21 février. Aujourd'hui, j'ai vu Junge pour la dernière fois. Mais, je n'ai pas pu lui parler avant qu'il ne parte. Parti, définitivement. Parti sans que j'aie pu lui dire adieu. On a fait la fête jusqu'au matin en pensant à lui. A 8h 00, j'ai réveillé Joy. Elle somnolait. Je l'ai prise par la main et l'ai emmenée dans le jardin. Du petit banc, on pouvait voir la chambre de Junge. On est resté là, tous les deux, sans rien dire. J'ai serré Joy très fort contre moi. Sa tête contre mon c½ur. Je ne voulais pas qu'elle voie les deux petites fontaines cristallines dessiner d'étranges motifs sur mon visage. Après un moment, je lui ai relevé la tête, me suis approché de son oreille et ai murmuré :

- N'oublie pas...

Non. Jamais nous n'oublierons. Jamais nous n'oublierons ces moments passés ensembles. Ces moments d'insouciance où nous avons essayé de construire notre Bonheur. Ces moments si chaleureusement accordé par la Vie. Ces moments d'amour intense. Oui. Il est possible d'aimer plusieurs personnes à la fois. L'Amour n'est pas exclusif. Mais... Nous étions jeunes, nous étions sots. Nous n'avons pas su entendre. Nous n'avons pas su voir. Nous n'avons pas su dire. Nous étions sourds, aveugles et muets. Sourds, aveugles, muets. Deaf, Blind, Dump. »



FIN



Voilà, c'est fini. Nous espérons que ça vous a plu.



© Long and Short Stories

# Posté le dimanche 11 janvier 2009 08:14

Innocence - Part 1

Innocence - Part 1
Retour de Hirowi avec cette nouvelle pour le moins originale. Attention, il va falloir s'accrocher parce que c'est assez subtil. Images : DevianArt, Google.



INNOCENCE



Chapitre 1 : Spring
Chapitre 2 : Summer
Chapitre 3 : Autumn
Chapitre 4 : Winter
Epilogue



Chapitre 1 : Spring



Partie 1



« Un simple instant peut signifier tout. Quand deux c½urs sont liés par l'amour, espoirs, rêves, souvenirs, sont partagés. Nous essayons de tenir l'un à l'autre. S'accrocher... Il y avait tant de choses que nous aurions voulu voir. Il a dit : ''Toujours se rappeler de cet instant...''. »

Les paupières encore lourdes, il finit par ouvrir doucement ses yeux vairons et à se lever, non sans difficultés : la rude épreuve du levé de lit était une fois de plus réussie. Se ruant pour ouvrir la fenêtre, il pouvait maintenant sentir le vent nouveau lui caresser délicatement le visage et soulever ses mèches de cheveux bruns tombants devant son ½il gauche.

- C'est le printemps ! s'écria-t-il tout joyeux.



© Long and Short Stories

# Posté le lundi 19 janvier 2009 09:51

Modifié le dimanche 05 avril 2009 14:01

Innocence - Part 2

Partie 2



« Salut ! Mon nom, c'est Jim Schuldlosigkeit – un truc imprononçable, je sais. J'ai treize ans et on me dit souvent que je suis androgyne. Je vis à la campagne, dans la magnifique région de Dasverloreneloch, ce que les touristes appelleraient un ''trou perdu''. Pourtant, j'adore me balader le long de ces interminables champs de fleurs, et m'amuser avec les personnes que j'adore, et je voudrais que ça ne change pour rien au monde ! »

- Ça y'est, Jim pique son extase. Tu nous refais le coup à chaque saison en fait, c'est ça ? Pour pas qu'on oublie qu'aujourd'hui est le 21 Mars.

« En parlant des personnes que j'aime, lui, c'est Alexis, mon ''grand frère''. Je dis pas ça seulement parce qu'il est petit pour son âge – seize ans – mais aussi juste parce que c'est plus un frère d'adoption qu'un frère de sang. Mais pour moi, cela ne change absolument rien. C'est mon frère. En plus, Alexis ne se préoccupe jamais de choses superficielles comme celle-là. D'ailleurs, on dit que ses longs cheveux bouclés lui donnent un air sombre, mais je ne suis pas d'accord ! Car ses yeux verts sont pétillants de vie et d'intelligence. Il faut dire que mon frère, c'est un grand philosophe, hein. Vous allez sans doute soupirer – rohh, le barbeur – mais non, la philosophie, c'est bien. J'apprécie particulièrement discuter de tout et rien, le soir, à la lueur des bougies ou de la lune. D'ailleurs, on dort souvent à la belle étoile, et là, il réussit toujours à m'apprendre de nouvelles choses. Chaque discussion est un enrichissement continu de mes connaissances. Oui bon, ça fait un peu lourd de dire ça comme ça, mais mon frère, il aime les phrases bien faites. Evidemment, un garçon de seize et de treize ans ne parlent pas de la même façon, c'est évident. En plus, je ne suis pas aussi intelligent que lui. »

- C'est pas vrai, hein ! que je réponds. C'est important quand le beau temps revient, et je suis content de revoir le soleil et les fleurs !

- Oh, comme c'est mignon.

« Je descends en bas, et là, je vois... des tartines grillées ! Chouette ! Chouette parce que l'on peut les recouvrir de beurre, ou alors de miel, que je préfère de loin. J'aime bien les choses sucrées, car elles sont plus douces. Je mords à pleines dents dans ce don du paradis tandis qu'Alexis me regarde manger avec un grand sourire. Il est toujours souriant mon frère, même lors des moments difficiles. C'est là qu'il s'approche près de vous et dit : ''Eh, ça va, là. Eh, je suis là, pour toi''. Et c'est vrai que jusque maintenant, il a toujours été près de moi pour me soutenir : les tartines bénites en sont la preuve ! Hihi. »

« Après ça, on sort voir le soleil nouveau ! Mon frère a une écharpe grise autour du cou, une casquette vissée sur la tête et un simple T-shirt. Brr... Je frissonne rien qu'en le voyant. Ce n'est pas encore l'été ! Moi, je sors mon éternel béret bleu marine, et avant de faire quoi que soit, Alexis entoure de ses bras mes frêles épaules en m'enfilant un sweet indigo.

- Il ne faudrait pas attraper froid alors que le soleil est de retour, me murmure-t-il à l'oreille en resserrant son étreinte.

Et nous voilà de nouveau sur les routes de l'aventure ! »

« J'aime bien notre maison. Elle est assez petite et comporte plusieurs pièces : au rez-de-chaussée, la cuisine, qui fait office de salle à manger, avec le frigo, la cuisinière, le four à micro-onde, le petit four, la table avec la nappe rouge et blanche et ses trois chaises. Il y a aussi un petit salon, où l'on peut s'allonger dans un fauteuil et se perdre alors dans le merveilleux monde de la lecture. On accède au premier étage – le seul d'ailleurs – par une petite échelle de bois. Là, on y retrouve ma chambre ainsi que celle de mon frère. Comme je l'ai dit, c'est pas très grand, mais c'est très chaleureux et je m'y suis toujours senti heureux : on n'est bien nulle part ailleurs que chez soi ! »

- Tiens, les filles sont déjà de sortie, constate Alexis. Une première.

« Linda Regenboden me ressemble beaucoup : cheveux bruns, yeux vairons, taille mince et silhouette élancée. Ici, elle parait un peu timide derrière Angie Morgenröte, mais je le dis tout de suite, ce n'est qu'une façade ! D'un an son ainée – Linda en a quatorze –, Angie a des cheveux noir jet mi-courts et ses yeux d'un bleu profond reflètent la couleur du ciel. »

« Linda est une fille très compétitive qui adore s'amuser. Combien de fois ne m'a-t-elle pas défié à la course ou autre chose ! La fois où on a traversé le champ tout entier après avoir parcouru l'étang à la nage, celui à qui se bourrera de plus de fraises possible en disant ''Strawberry... Strawberry...'', ou encore à qui pêchera le plus gros poisson ! Et à chaque fois, elle réussit toujours à inventer de nouveaux challenges ! Même si elle peut être une véritable boule d'énergie, Linda se montre aussi très douce. Elle s'adonne particulièrement à l'ornithologie – c'est-à-dire l'observation des zozios – et prend un malin plaisir à dessiner les malicieux volatiles, merveilleux musiciens de la nature. Et je peux dire que j'ai rarement vu quelque chose d'aussi magnifique.

« Angie, quant à elle, est un peu plus grande que Linda. C'est un véritable cordon bleu ! Rien que pour les crêpes à la cassonade et au sirop d'érable – généralement réservé à mon frère – j'en suis mort de bonheur ! Le paradis de la langue ! C'est souvent elle d'ailleurs qui prépare les repas, quand nous sommes de sortie par exemple. Elle chante aussi très bien et concurrence les pauvres oiseaux qui se taisent alors sous le charme. Et oui, elle adore la musique et joue du piano depuis toute petite déjà. Des mélodies un peu mélancoliques et joyeuses, mi-triste mi-heureuse, la ''Joyful Sadness'' comme dirait mon frère, que j'apprécie particulièrement. »

« Les filles, je les connais depuis toujours, un peu comme mon frère. Nous avons grandi tous ensemble, et personne ne pourrait nous imaginer un jour séparés. Avouez quand même qu'à nous quatre, nous formons une belle bande ! »

« Dès le matin, nous sommes déjà sur les routes. A midi, nous mangeons presque toujours à la même table, que ce soit chez moi et mon frère, chez les filles ou encore à la plaine – là, c'est à même la nappe, ou parfois rien du tout. Nous sommes d'ailleurs très souvent de sortie. Le soir, juste avant de s'endormir, nous regardons les étoiles, et l'un de nous quatre raconte une histoire. Après, nous sortons nos sacs de couchage et nous nous serrons tous les uns contre les autres, même Alexis, qui veut toujours avoir de la place ! En tout cas, je vous le dis, rien de tel qu'une ou deux présences féminines pour bien dormir, croyez-en ma jeune expérience. »



© Long and Short Stories

# Posté le dimanche 25 janvier 2009 05:55

Modifié le vendredi 30 janvier 2009 13:47