Deaf, Blind, Dump - Part 9

Deaf, Blind, Dump - Part 9

Chapitre 4 : Today



Partie 9



« Je m'appelle Wilhelm Schtrafell. J'ai dix-neuf ans, et je vis en RFA. A Magdeburg précisément, la jolie capitale du Saxe-Anhalt. Cette ville, ou plutôt, ce grand village, est un endroit tranquille où il fait bon vivre. Sur cette rive-ci de l'Elbe, toutes les maisons ont le même style vieillot, avec leurs briques peintes et leurs châssis de bois. »

« La mienne, de maison, est plutôt petite, avec des châssis vernis. On l'a peinte en bleue. ''On'', c'est mon père et moi, quand je pissais encore du lait. En fait, il me laissait surtout jouer avec le pinceau et la peinture. A la fin, quand il avait fini, il se retournait pour voir où j'en étais. Et il éclatait toujours de rire. Je n'ai jamais su pourquoi. ''Jamais su'' au passé, parce que, un beau jour d'automne, il est mort. Accident de voiture. Il était dedans. ''Il a voulu éviter un chat, et a percuté un arbre''. C'est ce qu'avait dit ma mère. J'étais jeune. Maintenant, je sais que ce n'est pas vrai. Il a failli écraser un piéton, l'a évité de justesse. Il a ensuite fait une embardée, puis a terminé sa course dans le fossé. Il est mort dans une longue agonie, à l'hôpital. On n'a jamais dit la vérité à Joy. »

« Joy, c'est ma petite s½ur. Taille moyenne, cheveux blonds tombant sur les épaules, yeux gris. L'Allemande-type. Je ne lui ressemble pas du tout. Plutôt pas très grand, cheveux noirs, longs, bouclés, yeux verts. Pas vraiment autochtone tout ça. ''Le fils du facteur'' on pourrait presque dire. Mais, je ressemble à ma mère – en garçon bien sûr. Joy, c'est le portrait de mon père. Et pas une fille pour rien. »

« Tous les matins, même rituel. Le réveil sonne à 6 heures. Ensuite, douche, s'habiller, se ''coiffer'', déjeuner. Puis, le meilleur moment de la journée : réveiller ma petit s½ur – seize ans et toujours ma ''petite préférée'' – ah bon, il y en a d'autres ? Et elle est dure de l'oreiller. 7 heures. Je m'autorise un câlin gratuit – je ne prends pas la peine de lui demander sa permission. Donc, on reste là, tous les deux, blottit l'un contre l'autre, moi tout habillé, et elle encore en ''pyjama''. Quand la demi de l'heure sonne, ses bras ne veulent plus me lâcher.

- Tu vas être en retard.

- Mmmm...

- Comme tu veux, moi je suis déjà prêt.

- Ça vaaa... Je me lèèève...

Et puis, c'est la course. Tous les jours la même chose. Et tous les jours, je me demande comment elle fait pour être autant ''à la ramasse'', comme dirait les jeunes d'aujourd'hui. »

« Enfin, ça, c'était quand j'étais encore à la maison. Cette année, j'ai commencé des études de biologie à l'Humboldt-Universität zu Berlin, du nom du célèbre naturaliste et explorateur allemand, le baron Friedrich Heinrich Alexander von Humboldt. Ici, on l'appelle l'Unter den Linden, par opposition à la Freie Universität Berlin. Avant World War II, il ne s'agissait que d'une seule et unique institution. Puis, les régimes politiques de la guerre et d'après-guerre on fait que... Mais bon, ça, on s'en fout peut-être un peu. Donc, la biologie. Quelle drôle d'idée. Surtout quand on connaît certaines de mes connaissances. Ce n'était pas triste avant, ça l'est encore moins après. Pourquoi la bio ? Alors ça ! Une idée fixe depuis longtemps. Mais, je crois que je commence à comprendre pourquoi. D'abord, parce que la vie est fascinante. Ce cadeau, que la Nature fait aux êtres misérables que nous sommes, déborde de formes et de couleurs. Toutes aussi fascinantes les unes que les autres. Bien que, en ce qui me concerne, ce soient plutôt les grosses bébêtes qui marchent, courent, volent, sautent et nagent qui m'intéressent. Ça s'appelle l'''écoéthologie''. ''Etude des animaux dans leur milieu naturel et de leurs interactions entre eux ainsi qu'avec leur environnement.'' Ça en jette, hein ? La vie... »

« La vie. ''Leb die Sekunde'' : construire un meilleur présent. C'est comme ça que nous la voyions. ''Nous'' : moi bien sûr, et mon meilleur ami, Junge Draknoff, le fameux ''Billie''. ''Voyions'' : je laisse deviner. Et non, la réponse n'est pas ''nous ne la voyons plus comme ça''. J'ai toujours la même opinion sur la question. ''La vie est une expérience unique. Il faut en profiter. Car on ne meurt qu'une fois.'' On ne meurt qu'une fois... »



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# Posté le samedi 06 décembre 2008 10:37

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:48

Deaf, Blind, Dump - Part 10

Deaf, Blind, Dump - Part 10

Chapitre 5 : Before Yesterday



Partie 10



« Un 2 octobre, il y a six ans. Premier mercredi du mois. Aujourd'hui, les ''cours de formation interdisciplinaire en athlétisme'' commencent. L'athlé. Un seul nom pour désigner tous les clubs que regroupe notre école. C'est la deuxième année que j'en fais. Course à pied. Le ''cent mètre'' pour être exact. Très bon plan pour se forger une condition physique et impressionner les filles. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre... Le cent, c'est pour tout le monde. Ou plutôt, pour ceux qui ne savent que courir vite. Mais, dans notre établissement, une originalité : on peut faire partie de plusieurs clubs à la fois, deux étant le maximum raisonnable – pour trois, il y a trop peu de plages d'entraînement. En temps normal, les entraînements se déroulent le mercredi et le vendredi après-midi, le samedi matin, ainsi que le mardi après-midi à la place du cours de sport – on n'a pas besoin de ça en plus quand on est déjà un sportif, donc autant ce consacrer au club. En période de compétitions, on peut rajouter le samedi après-midi et deux heures après les cours tous les jours. Puis, le dimanche, c'est le jour de compète. »

« Pour la deuxième année consécutive, je rempile donc au cent mètre, en essayant d'améliorer mon temps de l'année dernière : 14''33. C'est minable, mais c'était ma première année de sport. Et le capitaine nous a dit que ''l'athlé, c'est comme le reste : c'est en troquant qu'on devient trop con''. A la fin de cette année, je dois au-moins âtre arrivé à 11''00. C'est la condition sine qua non pour participer aux compétitions officielles inter-établissement – de la douzième à la quinzième. En dixième et onzième, elles se déroulent au sein de l'établissement, entre différentes équipes tournantes, et elles sont là uniquement pour nous familiariser avec le déroulement d'une vraie compétition. Après, il y a les inter-collèges, les inter-lycées, les communales, les départementales – des Länder – et les nationales. Il y a aussi les prestigieuses internationales et les compétitions officielles olympiques juniors. Mais là, faut pas trop rêver. Moi, je vise seulement les prochaines inter-collèges. Ce serait déjà ça de gagné. »

« Aujourd'hui, reprise des entraînements pour les anciens – il est temps de se dérouiller de deux mois de vacances – et constitution des nouvelles équipes de dixième. D'ailleurs, cette année, la nouvelle équipe du cent mètre a bien fait parler d'elle. »

« A la fin de l'entraînement, comme d'habitude, je fais mes étirements, pour éviter les vilaines crampes ou éviter de me retrouver coincé un beau jour. Après, direction les vestiaires pour prendre une douche. Une après-midi d'excitation et celle-ci devient plus qu'une nécessité. Je m'apprête donc à jouir de l'eau fraîche sur mon corps en sueur quand des éclats de voix me parviennent aux oreilles.

- Tiens, regarde ce qu'ils nous ont trouvé.

- Ouais ! On dirait vraiment qu'ils sont désespérés.

- Franchement désespéré. Prendre une fille dans l'équipe.

Une fille dans les douches des garçons ? Des bruits de coups, une bousculade.

- Dites donc les gars, ça vous prend souvent de vous attaquer à plus faible que vous ?

S'il y a bien quelque chose que je ne supporte pas, ce sont les pauvres taches qui jouent aux caïds.

- De quoi tu te mêles l'avorton ?

Un mot de trop. Je fonce dans le tas et démolis le nez de l'anti-avorton.

- Putaiiiin !!

- Tu sais ce qu'il te dit l'avorton ?

Et comme ce genre de personnage est, en général, bourré de courage, ils n'hésitent pas à battre proprement en retraite. Je me retourne enfin vers l'infortunée. Je la reconnais. Sur le terrain, c'était la grande fille aux cheveux noirs en épis. Elle a les yeux bruns. On ne le dirait pas, puisqu'en temps normal, ils sont relevés de noir, dessus et dessous. Ses ongles sont noirs aussi. En fait, tout est noire chez elle. ''Elle.'' Tout d'une fille. Sauf qu'ici, ''elle'' présente clairement les attributs d'un garçon. Fille ou garçon ? Androgyne.

- Tu devrais éviter de te frotter à ceux-là. Ils sont aussi bêtes que leurs pieds. Non, en fait, même leurs pieds sont plus intelligents qu'eux. Et la bêtise est contagieuse.

Un timide sourire.

- Merci.

- De rien. Wilhelm.

- Junge.

- Appelle-moi Wil.

- Appelle-moi Junge.

Un petit rigolo. Je sens que l'on va bien s'entendre. »

« Junge Draknoff. 10-2. Moi, je suis en 11-2. Hasard ou fatalité ? A l'époque, Billie n'était qu'une connaissance du club d'athlétisme. Mais, bientôt, il devint mon meilleur ami. Sans que nous nous en soyons rendu compte, le ''cent'' nous avaient étrangement liés. »

« Il y a quatre ans, alors que j'étais en 13-2 – orientation générale ''Sciences'', orientation spéciale ''Math 4, Physique 1, Chimie 1+2, Biologie 1+2, Géologie 1, Laboratoire 1,5'' – Joy est entrée au collège. Et au club d'athlétisme par la même occasion. Elle, elle fait du tir à l'arc. Tir à l'arc ? Oui. Bien qu'il n'y ait que cinq disciplines officielles en athlétisme – courses, marches, sauts, lancers et épreuves combinées –, notre club comprend aussi d'autres sports tels que le tir à l'arc, la natation ou les arts martiaux. Pourquoi le tir à l'arc ? Ahhh, ça, c'est toute une histoire. »

« Quand j'ai commencé à faire de l'athlétisme, Joy venait souvent me voir après les cours. A ce qu'il paraît, elle aimait bien regarder un débile courir plus vite qu'un chrono. Un jour, les éternels crétins du saut en hauteur me cherchaient encore des crosses. Manifestement, ils n'avaient pas encore compris la leçon. Mais, avant que j'aie pu les envoyer sur les roses, Joy est intervenue. Pas franchement une bonne idée.

- Hin, il est même pas cap de se défendre tout seul. Il a besoin de sa petite s½ur pou...

- T'avait peur de faire le premier pas, donc elle est venue, coupa Billie qui venait de nous rejoindre. Maintenant, tu peux aller chercher la tienne de petite s½ur.

- De quoi tu te mêles, salope. On a pas besoin de clettes dans le club.

- Ta gueule, lâcha sans prévenir Joy.

- Oh, mais, c'est qu'elle pourrait mordre.

- Tu veux te mesurer à elle ?

- Hein ?

- Tu fais le fier avec ton record et t'aurais peur d'une... gamine ?

Et c'est parti. Cap ou pas cap ? Tir à l'arc à cinq mètres. Facile non. Sauf quand on ne sait pas tirer à l'arc. Joy fit un beau dix point – à peut près au milieu du rayon de la cible. L'autre la toucha de justesse. La honte ! Se faire battre par une gamine de onze ans. Et puis, je me suis dit qu'il avait besoin d'une bonne leçon. Moi aussi, dans ma jeunesse, j'ai appris le tir à l'arc. Et hop, le centre à quinze mètres. Il fallait se rendre à l'évidence : je n'avais pas perdu la main. Enfin, Billie régla ses comptes – l'histoire de la douche. L'autre gars sautait à un mètre cinquante-sept. Mon androgyne préféré – ah bon, il y en a d'autre ? – fit un mètre soixante-neuf. Record battu dans l'année. Là, celui du saut en hauteur pouvait aller se rhabiller. »

« Voilà, pour le tir à l'arc. C'est aussi comme ça que Joy et Billie ont fait connaissance. Sur un terrain de sport. Elle disait toujours qu'on se ressemblait fort, tous les deux. Moi, en dehors des cheveux noirs, et juste pour la couleur, on n'aurait pas pu être plus différents. Bien que ''qui se ressemble s'assemble'', ''les opposés s'attirent''. Je n'ai jamais compris. C'est deux phrases disent deux choses opposées, et elles se vérifient tout le temps. D'ailleurs, Billie non plus ne comprenait pas. Peut-être que, tout compte fais, nous nous ressemblions plus que nous ne voulions bien le laisser paraître. Dans la façon de penser peut-être ? »



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# Posté le dimanche 07 décembre 2008 15:21

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:47

Deaf, Blind, Dump - Part 11

Partie 11



« En quatorzième, je suis sorti avec une fille de ma classe. Ça faisait un an qu'on se connaissait. A ce qu'il paraît, tous les garçons voulaient sortir avec. Et toujours à ce qu'il paraît, elle, elle n'avait d'yeux que pour moi. Je n'ai rien vu. Comme d'habitude – je suis tellement ''à la Maes''. Nous étions proches pourtant. Elle, moi, un autre copain, une autre copine, Billie, une fille de sa classe. A la fin de ma treizième, j'ai fini par le lui demander. De sortir avec moi. C'était le dernier jour des examens, et nous avions été à la piscine. Drôle d'idée, n'est-ce pas. Mon autre copain est sorti avec mon autre copine, et moi avec Anya. Anya. Toute une histoire. On a passé de bons moments ensemble. Des mauvais aussi. Surtout lorsque nous nous disputions. Ça pouvait être terrible. Comme la fois où j'ai fais 9''69 au cent mètres. Ils étaient tous fous. Normal, j'avais battu le record en titre de l'école – 9''70 – détenu par l'actuel directeur. Il est même venu me féliciter. On a tous fait la fête comme il se devait. Bien sûr, à la fin, j'avais du mal. Elle m'en a voulu pendant une semaine entière. Je n'ai pas compris pourquoi. ''Tu n'as même pas fait attention à moi'' qu'elle m'a dit. Et oui. Elle est comme ça Anya : je dois être là pour elle. C'est peut-être pour ça qu'on s'est séparés. Je n'étais pas assez bien pour elle. Ça arrive parfois. L'autre ne vous trouve ''pas assez''. Mais bon, ainsi va la vie. »

« Je n'ai pas spécialement mauvais souvenir de ce qui s'est passé avec Anya. Mais, ce n'est pas pour ça que j'en garde un bon souvenir. Nos nombreuses et sempiternelles engueulades y sont certainement pour quelque chose. Nous avons fait de notre mieux pour que ça s'améliore mais, quand on ne se sent plus concerné, ça ne sert à rien de continuer. Cette période a aussi été marquée par un éloignement avec Billie. Nous n'étions plus aussi proche l'un de l'autre. Je n'aimais pas. Moi aussi, je voulais pouvoir me reposer sur quelqu'un en cas de coup durs. Billie était là, sans y être vraiment. Il manquait quelque chose. De la sincérité peut-être. C'est pendant ma ''relation'' que je me suis disputé avec lui pour la première fois. On était à l'athlé, et il se faisait encore railler. Ça arrivait peu souvent mais, ça faisait mal à chaque fois. »

« Dans les douches, les crétins du saut voulaient le ''taquiner''. Rien de plus.

- Aller, laisse toi faire.

- Ouais. Tu dois avoir l'habitude en plus.

- Hein ? Fils de pute !

- Fils ? Mais c'est lui la pute.

- Ouais, c'est vrai ça. Toujours à chauffer les mecs.

- Tu devrais être plus pudique.

- Je vous emmerde.

Un coup. Pour Billie.

- Ta gueule, connasse. Aller les mecs, retournez-le.

- Tu fais quoi là ?

Silence. En grandissant, j'étais devenu plus hargneux. Gare à celui qui touchait à mes proches.

- Tiens, tiens ! Wil et son inséparable.

L'inséparable, c'est mon autre copain. Un gars avec qui je m'entends particulièrement bien en classe.

- Aller, dégage !

- Oh, le petit Wil s'inquiète pour sa chienne.

Plus hargneux. Ils n'étaient pas prêts de recommencer.

- Ça va, Junge ?

- Ouais, ça va !

Il n'avait pas l'air content.

- Tu pourrais au moins te montrer content de me voir.

- Chouette alors, mon homme est venu à mon secours !

Ce n'était pas ce que j'attendais. Puis, il est parti. Je n'attendais pas un merci ou de la reconnaissance. Juste la petite étincelle dans ses yeux. Notre complicité. Et elle avait disparu. Je ne l'ai pas vue. »

« Ça a duré un peu. Chaque jour qui passait nous voyait s'éloigner l'un de l'autre. Ça me rendait triste. Je me sentais seul. On avait toujours été ensemble. C'est comme ça que ça allait finir ? Sur un ''j'ai pas besoin de toi'' ? »

« Un matin, alors que je ''bordais'' ma s½ur pour la réveiller, je lui ai demandé :

- Ça existe le bonheur heureux ?

- Qu'est-ce que tu raconte ? Le bonheur, c'est forcément heureux.

- Moi, je pense que non. Le bonheur, c'est, par exemple, quand tu es avec les personnes qui comptent pour toi. Parfois ça va, parfois ça ne va pas. Mais c'est quand même le bonheur.

- Peut-être.

- ...

- ...

- Tu vas être en retard si tu ne te lève pas.

- Ah, mer-de !


« Automne de ma quinzième. Peut-être la saison la plus étrange de toute ma vie jusqu'ici. »

« Aujourd'hui, il est arrivé quelque chose à Billie. Il n'a rien voulu dire mais, il n'était pas là l'après-midi. Pourtant, il allait encore bien au matin. Ce matin, c'était mercredi. Mercredi, jeudi et vendredi : journées sportives. Les clubs de ''rhéto'' font une démonstration, et les ''non sportifs'' peuvent s'essayer aux différentes disciplines proposées par l'athlétisme. Donc, pas de cours. Sport toute la journée. Après tant d'excitation, la douche du midi est bienvenue. Ça comme le reste. Et je crois savoir ce qu'il s'est passé. Donc, après les cours, je vais le voir. Il habite juste en face, dans la même rue. Je frappe. C'est sa mère qui vient m'ouvrir. Elle est toujours très gentille avec moi. Elle dit que j'apporte un peu de bonheur dans la vie de son fils. Le bonheur. Encore. »

« Je monte à l'étage. J'ouvre la porte sans frapper. Je ne le fais jamais. Comme ça, Billie sait que c'est moi. Ou plutôt, il sait que ce n'est pas moi quand quelqu'un toque. Là, ce que je vois me... Je ne sais pas comment l'exprimer. ''Dégoût.'' Ça me déçoit de la part de mon meilleur ami. Celui que je place au-dessus de tous les autres. Je m'en vais. Je n'ai pas supporté de le voir ainsi. Demain, on devra s'expliquer. »



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# Posté le mercredi 10 décembre 2008 09:53

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:47

Deaf, Blind, Dump - Part 12

Partie 12



« Demain. Deuxième jour de ''démo''. Les ''cents'' sont censés faire un sprint pour montrer à la populace ses performances. Donc, le capitaine compte sur moi pour ''leur en mettre plein la vue, à ces djouns''. Ben voyons. Ça va encore être pour ma poire. Enfin. Pour faire plaisir, je leur ressort mon célère 9''69. Mais, comme tout le monde le sais, un record, ça ne se ressort pas comme ça. J'ai donc fais 9''87. Je n'allais pas me fouler non plus. »

« Billie est là. Il a l'air d'aller mieux. Il ne sait pas je suis passé hier. Pour le moment. »

« Midi. Heure de la boustiffaye. Et heure de la douche. ''T'as pas d'humour ? A la douche'' comme dirait l'autre. Non, sérieux, on ne rigole pas avec les douches.

- Ah, Wil.

- Salut, Junge.

- Tu veux quoi ?

- Juste discuter.

- Discuter ?

Je me rapproche. Près. Très près. Jusqu'à ce qu'il ''sente'' ma présence.

- Wil ?

- Tourne-toi !

J'ai dis ça de façon brusque. Je voulais être violent. Et j'ai lu de la peur. Dans ses yeux.

- Wil...

Petit voix suppliante. Petite voix insignifiante. Un peu de bruit dans le néant. Pour ne rien dire maintenant.

- Quoi, tu as peur ? Oh, pauvre petit chou.

J'étais méchant.

- Tu devrais être content. C'est moi, cette fois-ci.

- Parce que tu crois que...

- Tourne-toi !!

Il frissonnait. Mais il s'est retourné, bien docilement, bien gentiment. Je me suis approché, lentement, très lentement, faisant monter la tension. Puis, j'ai pressé mon corps contre le sien. Il tremblait. Il avait vraiment peur. J'ai posé ma tête sur son épaule et ai murmuré :

- Comme ça, après, tu pourras aller te soulager. N'oublie pas la pommade. Les veines ressortent mieux.

Puis je suis parti. Le laissant là, sur le sol, recroquevillé sur lui-même, pleurant toutes les larmes de son corps. C'est la première fois que je fais pleurer quelqu'un. Et ça fait mal. Ça fait mal de faire pleurer une personne à laquelle on tient. »

« Vendredi. Je ne vais pas à l'école. Je trouve que j'ai déjà fait assez d'effort sur ces deux jours. Détente maintenant. Je suis dans le canapé quand j'entends sonner. Pourquoi ça arrive toujours quand il n'y a personne pour aller ouvrir et que je suis confortablement installé ? Hein ? Bon, je me lève et vais ouvrir. Mauvaise surprise : Billie.

- Salut.

- Salut.

- Je... peux entrer.

- Vas-y, fais comme chez toi.

Il entre. On s'installe, pas trop près l'un de l'autre. L'atmosphère est à couper au couteau. Un peu comme l'accent des bourrins de la campagne ou des villes ''baraki''.

- Tu ne viens pas à l'école ?

- Et toi ?

- Tu n'étais pas là.

- Tu as besoin de moi maintenant. Si j'avais su, je t'aurais pris par la main ce matin et conduit.

Silence gêné.

- J'avais besoin de t... de te parler.

Je me suis levé et ai été cherché deux verres. Grenadine. Depuis toujours. Je les ai posés sur la table et me suis assis à vingt centimètres de Billie.

- C'est bon. Je t'écoute. »

« Billie n'a pas parlé pendant des heures. Ce n'était pas son genre. Il a dit ce qu'il avait à dire. Et je savais très bien que je n'étais pas là pour faire la conversation. Billie avait besoin d'une personne pour écouter. Et j'étais là. J'étais en rogne contre lui. Nous le savions, tous les deux. Mais, quoi qu'il arrive, j'étais là. C'est tout. Après, il est parti, comme si de rien n'était. Il était 10h 09 du matin. 9h 69, s'il y avait eu plus de minutes dans une heure. Une heure. Soixante minutes. Trois mille six cent secondes. Toute une vie. Ou pas assez. On ne vit pas assez longtemps pour dire tout ce que l'on a sur le c½ur. ''La vie est une expérience unique. Il faut en profiter. Car on ne meurt qu'une fois.'' A cet instant, j'ai senti que j'avais quelque chose à dire. Quelque chose de très important à dire. Si je ne le faisais pas maintenant, il serait trop tard. Car la vie n'est pas un éternel présent. A cet instant, j'avais décidé de construire un meilleur présent. »

« Je cours jusque chez Billie. 10h 30. L'heure du ''dix-heure''. Je sonne. Sa mère m'ouvre. Je monte. Je m'apprête à entrer. Je toque. Billie ouvre. Il n'exprime rien. On s'assied sur son lit. Alors que son regard a tendance à fuir vers le bas, le mien scrute la rue par la fenêtre. Silence.

- Et donc, comme ça, on est voisins.

- On dirait.

- Et tu t'appelles Billie tu dis.

''Billie.'' C'est moi ai trouvé ce joli surnom. La première fois que je l'ai utilisé, on n'était que tous les deux. Junge n'avait pas l'air dans son assiette. D'où je sors ça ? Ça fait référence à une fiction, dont l'un des héros, Bill, est androgyne. Beaucoup de ses amis sont persuadés que c'est une fille. Et le féminin de ''Bill'', et bien, c'est ''Billie''. C'est bien trouvé, non ? Et en plus, il n'y a que moi qui peux l'appeler comme ça. Ça fait de moi un privilégié.

- Billie... C'est joli comme nom.

- Tu trouves ?

- Sincèrement, oui.

- ...

- Un jour, un ami à moi a dit : ''Le silence de quelqu'un de proche est plus blessant que ses incessantes remarques. Lorsque cette personne te critique, c'est qu'elle fait attention à toi. Lorsqu'elle t'ignore, lorsqu'elle ne te regarde plus, tu doutes de ta valeur à ses yeux.''

- ''Qui aime bien châtie bien.''

- Oui. A l'époque, je n'avais pas compris. Mais maintenant, je perçois l'étendue de sa portée.

Silence.

- Junge, je doute. Pour la première fois, je n'ai pas confiance en moi.

Je me rapproche.

- S'il te plaît, regarde-moi encore.

Il lève les yeux, me regarde. Ses yeux bruns sont vraiment magnifiques. Je m'approche encore. Plus près. Toujours plus près. J'essaye, sans jamais l'atteindre. Mais je persévère, et finis par trouver le bonheur. Après tout ce temps. Je n'avais rien vu. Nous étions si proches pourtant. »



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# Posté le samedi 13 décembre 2008 03:35

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:48

Deaf, Blind, Dump - Part 13

Deaf, Blind, Dump - Part 13

Chapitre 6 : Yesterday



Partie 13



« Je doute, donc je suis. C'est ce qui se dit. Je suis, tu es, nous sommes... Etre. Vivre, en fin de compte. Vivre la vie. Mais, qu'est-ce que la vie ? Qui peut se targuer de prétendre connaître la réponse. Dieu ? Mais, qui est Dieu ? Celui qui engendre la Vie à partir du Néant ? La vie. Encore et toujours la vie. D'un point de vue strictement biologique, la vie, c'est quatre fondements. La théorie cellulaire : toute cellule dérive d'une autre cellule – la vie engendre la vie. La génétique : la vie est transmise à partir d'une molécule originale – l'ADN. L'homéostasie : la vie tend vers la stabilité de ses variables. L'évolution par la sélection naturelle : la vie est un perpétuel changement, qui tend vers la sélection des plus adaptés – ''struggle for life''. Et après ? En fait, c'est quoi, la vie ? Ça veut dire quoi vivre ? D'où je viens ? Où je vais ? Le sens. La vie c'est : survivre, évoluer, générer la vie. Mais, y a-t-il nécessairement un sens ? En fait, il n'y en a pas mais, en humains que nous sommes, il nous faut absolument chercher un but à la vie. Peut-être pas. La vie n'a peut-être tout simplement pas de sens. C'est ce qui fait qu'elle est si... spéciale. Le sens de la vie. Une question trop profonde pour nous. Nous n'avons pas les moyens nécessaires pour trouver la réponse. Et si on nous la donnait, nous serions incapables d'en comprendre toute l'étendue. Donc, le sens de ma vie, ça pourrait bien être : vivre. La vie, c'est vivre. Vivre au présent. ''Leb die Sekunde.'' Et la vie au présent, c'est essayer de construire son bonheur. Bon-heur. La bonne heure. Et ça rime à quoi, le bonheur ? Mon bonheur. Un mot : Billie. Mon petit androgyne rien qu'à moi. A ce qu'il paraît, on se ressemble. Par notre façon de penser. C'est vrai qu'on pense le même. Pas de prise de tête. On prend comme ça vient. Sans trop se poser de questions. »

« La saison avance. Le mauvais temps arrive tout doucement, remplaçant les froides journées passées dehors, à profiter des feuilles mortes. Quand il pleut trop, je ne sort pas. Ce n'est pas agréable de se ''noyer'' sous la drache. Et pour occuper mes journées, je joue. Pas à la console : je n'en ai pas. Je n'en ai jamais eu. Je suis encore de ''l'autre génération''. Je joue du violon. Ou du moins, j'essaye de faire quelque chose qui en vaille la peine. J'aime bien le travail bien fait. C'est normal de vouloir bien faire. Alors que je ''violone'', ma s½ur joue du piano, et Billie, de la flûte ou de la trompette. Autant dire du vent. En général, ça ne donne pas trop mal. Quand on sent la déprime pointer, Billie et moi sortons notre guitare et s'excitons un bon coup, avant de souffler pour mieux repartir. Et quand on commence à avoir mal aux doigts, on se pose dans le canapé. On canaping. Billie excelle à ce sport digne des JO. A côté, je ne lui arrive même pas à la cheville. Parfois, on reste des heures comme ça. Assis, là. Sans rien dire. Profitant simplement de la présence de l'autre. Le ''silence parlant''. C'est important le silence. Ça permet de mieux apprécier les choses. Les sentiments. Le temps. La vie. Encore et toujours la vie. Vivre... Etre... Avoir... Etre et avoir. J'ai, je veux. C'est égoïste de vouloir. ''Quand on ne peut avoir ce que l'on aime, il faut aimer ce que l'on a.'' J'aime ce que j'ai. J'apprécie serrer dans mes bras mon androgyne préféré – tiens il y en a d'autres ? Je ne comprenais pas à quel point avant. Maintenant, je comprends : mon Billie est quelqu'un dont il faut prendre soin. Il a besoin des autres pour exister. Là, il existe à travers moi. Mais, suis-je assez fort que pour lui donner une existence ? Suis-je assez fort pour lui permettre de... vivre ? Je ne sais pas. En fait, si je sais. Nous savons. Ce n'est qu'un jeu de dupe. Notre bonheur présent n'est pas construit sur l'Amour. ''Juste'' sur une appréciation mutuelle. ''Je t'aime, mais pas d'amour. Mais plus que d'amitié. Si tu venais à disparaître, je serais inconsolable.'' Je crois que c'est ce que je ressens. Peut-être. »

« Noël. Qui ne connaît pas Noël ? Célèbre fête... commerciale. On en profite donc pour offrir et se faire offrir des cadeaux. Mais aussi, pour passer un moment en famille. Cette année, ma mère va fêter Noël avec ses parents. Ma s½ur va chez ses cousines. Et moi, je reste à la maison, pour fêter Noël ''entre amis''. Tu parles d'une fête de famille. Mais, cette année, il y a des raisons. Et, ni moi, ni ma s½ur, ne voulons les connaître. »

« Donc, avec des amis. En fait, avec un ami. Billie. Rien que Billie. La seule et unique soirée que je pourrai lui consacrer. Chez moi. Au menu, ce soir : apéritif – alcoolisé bien sûr, sinon, à quoi ça sert ? –, entrée – foie gras, c'est la seule fois de l'année –, plat principal – pour moi, magret de canard, et pour Billie, filet de sole sauce au poivre. Sans oublier le trou normand et le dessert – crêpes chaudes avec de la glace. Et le café, et le digestif – grappa et amaretto. C'était bien bon. Enfin, arrive le moment des cadeaux. Le mien, c'est des ''chaussettes pour les bras'' – des mitaines quoi –, rayées noir et vert fluo. Comme ça, je pourrai repérer Billie de loin de dos et dans la neige. Le sien, c'est aussi des chaussettes. Mais pour les jambes cette fois. Avec tous les doigts séparés. Très marrant. Maintenant, on est assorti – il a les mêmes. »

« Minuit. On se souhaite joyeux Noël. Et puis, on joue un peu. Violon et flûte. Puis, au dodo. ''Dodo.'' C'est la première fois que je dors avec un garçon. Non, en fait, je mens. Lors de notre première murge commune, après avoir rendu tripes et boyaux, nous nous sommes retrouvés au lit. Avec une autre fille. D'ailleurs, je me demande encore comment on a fait pour dormir à trois dans un lit une place. Donc, c'est la deuxième fois. Et toujours avec le même. Ça va. Pas de problèmes. On est serré l'un contre l'autre. En boxer. On porte toujours des boxers. Sauf la fois où on – j'ignore qui, sincèrement – a offert un string rose à Billie et qu'il a été obligé de le mettre. Honte nationale. On a bien rigolé cette fois-là. Depuis, j'appréhende le jour de mon anniversaire. Il est chaud. Dans le sens qu'il a la peau chaude, bien sûr. C'est donc bien au chaud, sous le regard bienveillant de la lune et des étoiles, que nous nous endormons, dans les bras l'un de l'autre. »



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# Posté le mardi 16 décembre 2008 04:45

Deaf, Blind, Dump - Part 14

Partie 14



« Printemps. C'est chouette le printemps. La vie reprend ses droits. Printemps rime aussi avec compétitions départementales et nationales. D'abord les départementales, ensuite les nationales. Je fais les premières – je suis arrivé premier aux inter-lycées et aux communales –, et je compte me qualifier pour les secondes. On verra bien. L'important, comme dirait l'autre, c'est de participer. Là où il faut gagner, c'est au concours d'entrée à la ''Fac''. Humboldt-Universität zu Berlin, faculté des Sciences, orientation ''Sciences de la Vie''. La vie. Encore et toujours. Plus le temps passe, et plus elle me fascine. Sa diversité de formes et de couleurs. C'est comme un village. Il y a de tout. Des formes : grands, petits, gros, maigres, moyens, ronds, carrés, larges, serrés. Des couleurs : rouge, jaune, vert, bleu, blanc, noir. Des associations : pas très grand noir, plus grand noir, légèrement coloré, pas coloré du tout. Et des associations d'associations : pas-très-grand-noir-légèrement-coloré et grand-noir-pas-coloré-du-tout. Les associations, c'est comme un pull en laine. Quand on le regarde, on voit un pull. Et puis, quand on s'approche, on voit que le pull est le résultat d'un enchevêtrement de fils. En pull, ils sont associés. En pelote de laine, pas. Une pelote peut devenir un pull. Et un pull, une pelote. »

« Enfin les vacances. Enfin, pas pour tout le monde : il y en a qui préparent leur examen d'entrée. Ce n'est pas un concours : il n'y a pas de quota limite. Mais il faut un certain niveau pour entrer. C'est comme ça : une sorte de sélection naturelle. De nouveau : ''struggle for life''. »

« Septembre. Je vais entrer à l'Université. Avec 16 de moyenne générale. Les tests portaient non seulement sur les sections scientifiques – avec une prépondérance – mais, aussi, sur d'autre matières comme l'expression écrite, l'anglais, l'histoire, la philosophie. Et oui, la formation scientifique intègre encore et toujours une formation en science humaine : philosophie, éthique, ... Billie, lui, repique. Pour toute une série de mauvaises raisons. Ça arrive, c'est tout. Maintenant, deux ans nous séparent. Matériellement. »

« Voilà. C'est fini. Il n'y a plus rien à dire. Je le savais. Tu le savais. Nous le savions. Ça ne durerait pas. Maintenant, plus rien ne sera comme avant. J'aurais aimé, tous ces moments passés ensemble. Passés... et avenirs. »



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# Posté le dimanche 21 décembre 2008 04:39

Deaf, Blind, Dump - Part 15

Deaf, Blind, Dump - Part 15

Chapitre 7 : At The Beginning



Partie 15



« Je m'appelle Junge Draknoff. J'ai dix-sept ans, et j'habite Magdeburg, en RFA. Magdeburg c'est une petite ville sur l'Elbe avec des maisons dans un style particulier. La mienne n'a cependant rien d'extraordinaire. Elle est même plutôt petite. Ce n'est pas grave puisque je vis seul avec ma mère. Mon père est mort dans un accident de voiture quand j'étais petit. Il était à la ''place du mort''. A cause d'un de ses amis. Ironiquement, le fils de celui-ci est devenu mon meilleur ami. Le monde est petit, n'est-ce pas. Mais, il n'a jamais su que son père a tué le mien. C'est mieux ainsi. De toute façon, il n'en peut rien. Wilhelm Schtrafell. C'est comme ça qu'il s'appelle. Il habite dans ma rue, pas très loin en face. La fameuse ''Blue House''. C'est comme ça qu'on l'appelle dans le quartier. C'est la seule du genre. Pas très discret d'ailleurs. Il a une s½ur : Joy. Moi, j'avais un frère : Jolan – mon père était un fan de Thorgal. C'était lui, le fameux piéton que le père de Wil a failli écraser. En fait, il l'a bel et bien écrasé, avant d'aller se fracasser contre un arbre. Tout le monde est au courant : moi, ma mère, sa mère. Lui ne connaît pas les détails – mon frère et mon père entre autres. Sa s½ur en sait encore moins. De toute façon, ils ne sont pas responsables. Ils n'ont rien fait et je ne leur en veux pas. L'accident, ses causes et ses conséquences, tout ça, ce sont des faits. Et les faits sont. C'est tout. Point barre. »

« Joy est de taille moyenne, cheveux blonds tombant sur les épaules, yeux gris. L'Allemande-type. Wil, plutôt petit, cheveux noirs, longs, bouclés, yeux verts. Moi, plutôt grand, cheveux noirs raides, yeux bruns. Alors que mon homologue a relativement tendance à perdre son pantalon, le mien est style allumette, mes T-shirts son près du corps, noirs, avec les manches rayées souvent. Mitaines originales, Converses. Particularité : je mets de l'eyeliner et du verni noir. Et je suis androgyne. Alors : fille ou garçon ? L'éternel dilemme des pairs. Je préfère laisser planer le doute. Histoire de s'amuser. Et mon nom ne les aide pas plus : Junge n'est pas un nom fort courant. Jolan non plus d'ailleurs. »

« Tout les matins, même rituel. Le réveil sonne à 7 heures. Douche, s'habiller, se coiffer, se maquiller, déjeuner. Il fut un temps ou mon frère venait me border au lit. Je ne m'en souviens que vaguement. Wil aussi fait ça. Ce doit être le ''syndrome du grand frère'' : toujours être là avant les cadets – au propre comme au figuré. Toujours vouloir mener, ou protéger. Se substituer, et se constituer en ''troisième parent''. Même s'il ne sait rien, Wil s'est peut-être rapproché de moi pour cette raison : un ''autre petit frère''. Il faut croire qu'il est pour l'égalité des sexes : une fille, un garçon. Pour ça comme pour le reste. »

« Le reste. En quatorzième, Wil est sorti avec une fille. Anya. Je l'ai très mal vécu. Anya n'était certainement pas la fille qu'il lui fallait. Ils n'arrêtaient pas de se disputer. Je me demande même s'ils ont eu des moments agréables ensemble. Parce que ça n'avait pas l'air d'être le cas. Et, bien entendu, quand Wil et Anya se faisait la gueule, toute l'école était au courant. En général, c'était elle qui criait et lui que devait lui courir après. Wil, il n'a crié que deux fois. Deux fois terribles. Mais, en général donc, c'était lui qui se faisait râler dessus et rabaisser au trente-sixième dessous. Je n'aimais pas. Je n'aimais pas voir celui qui m'avait mainte fois sauvé la mise, dans les douches ou les vestiaires, se faire traiter de moins-que-rien par une petite prétentieuse. Malgré moi, c'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'éloigner de lui. C'était ma façon à moi de lui montrer mon désaccord. Aussi bien l'un que l'autre, nous avons très mal vécu cette séparation. Puis, un beau jour, Wil a compris. Et il a enfin largué cette ***. J'étais content. Mais, la faille qui nous séparait s'était transformée en fossé. Et nous n'avions pas encore construit de pont pour l'enjamber. Puis, il y a eu l'épisode des douches. »

« Ces crétins du saut en hauteur voulaient me ''taquiner''. Mais, j'étais sûr de ne pas apprécier leur humour. Heureusement, Wil est venu. Toujours là où il faut. C'est comme ça d'ailleurs que l'on s'est connu. Pourtant, cette fois, je l'ai accueilli froidement. Même pas un merci, alors qu'il m'avait tiré d'un bien mauvais pas. Il ne m'en voulait même pas. Je le sais, depuis le temps qu'on se connaît. Il voulait voir ''l'étincelle''. Il ne l'a pas vu. J'ai regretté la façon dont j'ai agit. Trop tard. Un regret reste un regret. »

« Une autre fois, il y a eu une autre histoire de douche. Lors des journées sportives. Les taquineries des sempiternels crétins étaient arrivées à leur réalisation. Je laisse deviner la suite. J'ai séché le mercredi après-midi. Je crevais de mal – ça se comprend. Pour me soulager, j'ai... je me suis envoyer deux seringues. Deux seringues de trucs pas très légaux. Et Wil m'a vu alors que je n'en touchais plus une. Mais, je ne le savais pas encore. C'est le lendemain qu'il me l'a fait savoir. »



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# Posté le mardi 23 décembre 2008 07:40

Deaf, Blind, Dump - Part 16

Partie 16



« Midi. Heure de la bouffe, heure de la douche.

- Ah, Wil.

- Salut, Junge.

''Junge''. Il ne m'appelle jamais comme ça normalement.

- Tu veux quoi ?

- Juste discuter.

- Discuter ?

Il se rapproche. Près. Très près. Je n'aime pas ça.

- Wil ?

- Tourne-toi !

Il l'a dit sèchement. Presqu'avec violence. J'ai eu peur.

- Wil...

Petit voix suppliante. Petite voix insignifiante. Un peu de bruit dans le néant. Pour ne rien dire maintenant.

- Quoi, tu as peur ? Oh, pauvre petit chou.

Il était méchant.

- Tu devrais être content. C'est moi, cette fois-ci.

- Parce que tu crois que...

- Tourne-toi !!

Je frissonnais. Résigné, je me suis retourné. Il s'est approché, très lentement, faisant monter la tension. Puis, il a pressé son corps contre le miens. Je tremblais. J'avais vraiment peur, et en même temps, je ne pouvais pas croire ça de Wil. Il a posé sa tête sur mon épaule et a murmuré :

- Comme ça, après, tu pourras aller te soulager. N'oublie pas la pommade. Les veines ressortent mieux.

Puis il est parti. Me laissant là, sur le sol, recroquevillé sur moi-même, pleurant toutes les larmes de mon corps. J'avais eu tellement peur. En fait, non. Je savais qu'il ne se passerait rien. C'était Wil. Même s'il me haïssait, il ne me ferait jamais de mal. Ce n'était pas dans sa nature. Il respecte trop la vie. Non. En fait, j'avais mal, mais pas de douleur. J'avais mal dans mon c½ur et dans ma tête. Il savait. Et c'est ça qui faisait le plus mal. Ça fait mal de décevoir une personne à laquelle on tient. »

« Vendredi. Wil n'est pas là. J'hésite. Je ne trouve pas le courage d'aller le voir. Pourtant... Je ne peux pas rester comme ça. J'ai bien trop mal. Je vais quand même le voir. Chez lui. Il est certainement confortablement installé devant la TV. J'espère qu'il voudra bien m'écouter.

- Salut.

- Salut.

- Je... peux entrer.

- Vas-y, fais comme chez toi.

J'entre. On s'installe, pas trop près l'un de l'autre. L'atmosphère est à couper au couteau.

- Tu ne viens pas à l'école ?

- Et toi ?

- Tu n'étais pas là.

- Tu as besoin de moi maintenant. Si j'avais su, je t'aurais pris par la main ce matin et conduit.

Silence gêné.

- J'avais besoin de t... de te parler.

Il s'est levé et a été cherché deux verres. Grenadine. C'était bon signe.

- C'est bon. Je t'écoute. »

« J'ai dit ce que j'avais à dire. Et Wil étais là pour m'écouter. Après, je suis parti, comme si de rien n'était. Je suis rentré chez moi, entre soulagé et anxieux. Comment allait-il réagir ? A peine une demi-heure plus tars, on toque à la porte de ma chambre. C'est Wil. C'est important sinon, il n'aurait pas toqué. Il ne le fait jamais. On n'est quand même pas devenus des étrangers à ce point ? On s'assied sur mon lit. Je regarde la couette, lui, par la fenêtre. Silence.

- Et donc, comme ça, on est voisins.

- On dirait.

- Et tu t'appelles Billie tu dis... C'est joli comme nom.

''Billie.''

- Tu trouves ?

- Sincèrement, oui.

- ...

- Un jour, un ami à moi a dit : ''Le silence de quelqu'un de proche est plus blessant que ses incessantes remarques. Lorsque cette personne te critique, c'est qu'elle fait attention à toi. Lorsqu'elle t'ignore, lorsqu'elle ne te regarde plus, tu doutes de ta valeur à ses yeux.''

- ''Qui aime bien châtie bien.''

- Oui. A l'époque, je n'avais pas compris. Mais maintenant, je perçois l'étendue de sa portée.

Silence.

- Junge, je doute. Pour la première fois, je n'ai pas confiance en moi.

Il ne m'appelle jamais Junge. Il est sincère et a l'air complètement paumé. Il se rapproche.

- S'il te plaît, regarde-moi encore.

Je lève les yeux, et les plonge dans les siens. Il s'approche encore. Plus près. Toujours plus près. Je recule, pour voir jusqu'où il est prêt à aller. Après tout ce temps, peut-être voudra-t-il partager mon bonheur. Nous, qui étions si proches il n'y a pas encore si longtemps. »

« J'ai aimé les instants passés en sa compagnie. Mais... Parce qu'il y a un mais. Mais... nous étions jeunes, et nous jouions à un jeu de dupe. Notre bonheur présent n'était pas construit sur l'Amour. ''Je t'aime, mais pas d'amour. Mais plus que d'amitié.'' Lui, il le ressentait ainsi. Moi, j'en crevais... d'amour. L'amour. C'est quelque chose qu'on ne choisit pas. Comme le bonheur ou la tristesse. Quand on est avec les personnes qui comptent le plus, on ne peut pas s'empêcher d'être heureux. De même, si elles en viennent à vous faire du mal, votre tristesse sera incommensurable. L'amour nous tombe dessus sans prévenir, sans même qu'on ne le sache. Puisqu'avant de le connaître, on ne sait pas ce que c'est. »

« On a fêté Noël ensemble. C'était bien. J'ai enfin pu passer une nuit avec la personne qui compte le plus au monde pour moi. Nous n'avons pas fait l'amour. Je n'aurais pas dit non mais, Wil aurait refusé. Ou peut-être qu'il aurait accepté. Mais, pas par honnêteté. Juste pour me faire plaisir. Et ce n'était pas ça que je voulais. Ça n'a pas d'importance. C'est mieux ainsi. Je ne regrette rien. Et je n'ai non plus aucun remords. »

« Septembre. Wil entre à l'Université tandis que je repique. Ça arrive. Pour toute une série de mauvaise raisons. Notre séparation avec Wil ne répond pas entièrement à la question. Mais, ça a sans doute avoir. Bah, advienne que pourra. Je prends comme ça vient. ''Leb die Sekunde.'' »



© Long and Short Stories

# Posté le vendredi 26 décembre 2008 08:45

Modifié le samedi 27 décembre 2008 06:25