Partie 9
« La mienne, de maison, est plutôt petite, avec des châssis vernis. On l'a peinte en bleue. ''On'', c'est mon père et moi, quand je pissais encore du lait. En fait, il me laissait surtout jouer avec le pinceau et la peinture. A la fin, quand il avait fini, il se retournait pour voir où j'en étais. Et il éclatait toujours de rire. Je n'ai jamais su pourquoi. ''Jamais su'' au passé, parce que, un beau jour d'automne, il est mort. Accident de voiture. Il était dedans. ''Il a voulu éviter un chat, et a percuté un arbre''. C'est ce qu'avait dit ma mère. J'étais jeune. Maintenant, je sais que ce n'est pas vrai. Il a failli écraser un piéton, l'a évité de justesse. Il a ensuite fait une embardée, puis a terminé sa course dans le fossé. Il est mort dans une longue agonie, à l'hôpital. On n'a jamais dit la vérité à Joy. »
« Joy, c'est ma petite s½ur. Taille moyenne, cheveux blonds tombant sur les épaules, yeux gris. L'Allemande-type. Je ne lui ressemble pas du tout. Plutôt pas très grand, cheveux noirs, longs, bouclés, yeux verts. Pas vraiment autochtone tout ça. ''Le fils du facteur'' on pourrait presque dire. Mais, je ressemble à ma mère – en garçon bien sûr. Joy, c'est le portrait de mon père. Et pas une fille pour rien. »
« Tous les matins, même rituel. Le réveil sonne à 6 heures. Ensuite, douche, s'habiller, se ''coiffer'', déjeuner. Puis, le meilleur moment de la journée : réveiller ma petit s½ur – seize ans et toujours ma ''petite préférée'' – ah bon, il y en a d'autres ? Et elle est dure de l'oreiller. 7 heures. Je m'autorise un câlin gratuit – je ne prends pas la peine de lui demander sa permission. Donc, on reste là, tous les deux, blottit l'un contre l'autre, moi tout habillé, et elle encore en ''pyjama''. Quand la demi de l'heure sonne, ses bras ne veulent plus me lâcher.
- Tu vas être en retard.
- Mmmm...
- Comme tu veux, moi je suis déjà prêt.
- Ça vaaa... Je me lèèève...
Et puis, c'est la course. Tous les jours la même chose. Et tous les jours, je me demande comment elle fait pour être autant ''à la ramasse'', comme dirait les jeunes d'aujourd'hui. »
« Enfin, ça, c'était quand j'étais encore à la maison. Cette année, j'ai commencé des études de biologie à l'Humboldt-Universität zu Berlin, du nom du célèbre naturaliste et explorateur allemand, le baron Friedrich Heinrich Alexander von Humboldt. Ici, on l'appelle l'Unter den Linden, par opposition à la Freie Universität Berlin. Avant World War II, il ne s'agissait que d'une seule et unique institution. Puis, les régimes politiques de la guerre et d'après-guerre on fait que... Mais bon, ça, on s'en fout peut-être un peu. Donc, la biologie. Quelle drôle d'idée. Surtout quand on connaît certaines de mes connaissances. Ce n'était pas triste avant, ça l'est encore moins après. Pourquoi la bio ? Alors ça ! Une idée fixe depuis longtemps. Mais, je crois que je commence à comprendre pourquoi. D'abord, parce que la vie est fascinante. Ce cadeau, que la Nature fait aux êtres misérables que nous sommes, déborde de formes et de couleurs. Toutes aussi fascinantes les unes que les autres. Bien que, en ce qui me concerne, ce soient plutôt les grosses bébêtes qui marchent, courent, volent, sautent et nagent qui m'intéressent. Ça s'appelle l'''écoéthologie''. ''Etude des animaux dans leur milieu naturel et de leurs interactions entre eux ainsi qu'avec leur environnement.'' Ça en jette, hein ? La vie... »
« La vie. ''Leb die Sekunde'' : construire un meilleur présent. C'est comme ça que nous la voyions. ''Nous'' : moi bien sûr, et mon meilleur ami, Junge Draknoff, le fameux ''Billie''. ''Voyions'' : je laisse deviner. Et non, la réponse n'est pas ''nous ne la voyons plus comme ça''. J'ai toujours la même opinion sur la question. ''La vie est une expérience unique. Il faut en profiter. Car on ne meurt qu'une fois.'' On ne meurt qu'une fois... »


