Deaf, Blind, Dump - Part 1

Deaf, Blind, Dump - Part 1

Voilà une nouvelle que j'ai écrite en réaction à « Dead or Alive ». Au début, elle était censée avoir un rapport. Mais, à la fin, tout compte fait, elle n'a plus rien avoir. Les 22 parties de la nouvelle se suivent (pour la continuité). Images : DeviantArt, Google.



DEAF, BLIND, DUMP



Prologue

Chapitre 1 : Before Happiness

Chapitre 2 : During Happiness

Chapitre 3 : After Happiness

Chapitre 4 : Today

Chapitre 5 : Before Yesterday

Chapitre 6 : Yesterday

Chapitre 7 : At The Beginning

Chapitre 8 : At The Moment

Chapitre 9 : Today, during sadness

Epilogue




Prologue



« Avant, c'est bien. Pendant, c'est mieux. Après, c'est pire. »



Chapitre 1 : Before Happiness



Partie 1



« Je m'appelle Joy Schtrafell. J'ai seize ans et j'habite Magdeburg, capitale du Land de Saxe-Anhalt, sur la rive gauche de l'Elbe, en République Fédérale d'Allemagne. »

« Ma maison est plutôt petite, de couleur bleue avec des châssis en bois vernis. Au rez-de-chaussée, il y a la cuisine, le salon et la salle à manger, reliés entre eux par le hall d'entrée. Au fond du long couloir, se trouve l'escalier qui monte à l'étage, avec, juste derrière, les toilettes. Au premier, la salle de bain, la chambre des parents et le bureau de mon père. Au second, ma chambre, la chambre de mon frère et la buanderie. Ma chambre est plutôt grande, avec une grande armoire, une bibliothèque remplie de livres, mon bureau et mon lit. Ah, ce lit. Je l'aime bien le matin. Je l'aime tellement que j'ai du mal à me lever tôt. Lorsqu'il n'y a pas école, je dors jusqu'à midi avant de pouvoir me tirer du monde des brumes. »

« Quand je me regarde dans le miroir, je vois une fille de taille moyenne, avec des cheveux blonds tombant en cascade jusqu'au épaules et des yeux gris. Mon frère ne me ressemble pas tellement. Lui, il est plutôt petit, avec de longs cheveux noirs bouclés et des yeux verts. Il est de deux ans mon aîné, mais me considère toujours comme son égal, malgré sa récente majorité. Et il est toujours debout le premier. »

« Alors que Wilhelm va déjà à l'université, moi je suis toujours au lycée. Lui fait la biologie, alors que moi j'ai pris la filière ''philosophie et lettres''. Ce qui ne nous empêche pas de philosopher ensemble de longues heures les soirs de week-end, au grand dam de nos parents. Je ne le vois pas beaucoup parce qu'il étudie à Berlin. Il n'est donc pas souvent à la maison. Il est en première. Moi, je suis en treizième année d'école (1), première année de lycée. Mais nous restons en contact, nous prenons des nouvelles l'un de l'autre. Nous sommes très proches malgré nos nombreuses différences. »

« Mon meilleur ami s'appelle Junge Draknoff. Il a un an de moins que Wil et est encore en quatorzième : il doublé son année. Et alors ? Ça peut arriver à tout le monde. On appelle ça un ''accident de parcours''. Il est grand, athlétique, les cheveux noirs en épis et les yeux bruns. Les gens le regardent toujours bizarrement parce qu'ils n'arrivent jamais à se décider : fille ou garçon ? C'est vrai qu'il est plutôt androgyne et qu'il ne leur facilite pas la tâche : il met de l'eyeliner – ça assombrit son beau regard profond – et, sur ses ongles, du verni ébène. En fait, tout est noir chez lui. Sauf ses beaux yeux. »

« A côté de ses cours, il est inscrit au club d'athlétisme, comme moi. Alors que je suis dans la catégorie tir à l'arc, lui il est du genre cent mètres. Et il est super doué. C'est même le meilleur : il les bouffe tous en 10''10. Son objectif, c'est le 9''69. Il s'entraîne dur pour y arriver. Moi, je ne suis pas aussi bonne : je touche le centre de la cible à 15 m. Le record à battre, c'est le double. Autant dire que j'ai encore du boulot. »

« Aujourd'hui, 29 novembre, est une journée comme les autres. Au programme : H1, Math ; H2, Math ; H3, Histoire ; H4, Géo ; H5, Allemand ; Midi ; H6, Sciences ; H7, Sciences ; H8, Philo. Chouette journée, hein ! Et encore, là, il n'y a que les heures. Parce que les groupes sont encore plus originaux : math et sciences avec toutes les sections ''non scientifiques'', géographie tous seuls, et histoire avec deux groupes différents, et notre classe est même coupée en deux – vive les 13-6. Mais, allemand et philo, c'est encore plus surprenant : on a cours avec des quatorzième et des quinzième. Le programme est organisé en modules – ce qui explique tout. Ce sont les seuls cours que j'ai en commun avec Junge. Autant dire que ce sont ceux pendant lesquels je m'amuse le plus. »

« A 16h 10 – fin des cours – Junge et moi allons ensemble à l'athlé, comme deux bonnes copines – ce que nous ne sommes pas, puisque ''Billie'', comme l'appelle ironiquement mon frère, est un garçon. Heureusement que les autres de l'athlé le considèrent vraiment comme leur ami, et sont toujours là pour le défendre contre les railleries des autres crétins, même s'il sait donner lui-même le change.

« Ensuite, à 18h 00, on retourne ensemble. Nos maisons sont voisines, ce qui fait que nous nous séparons sur le pas de la porte. Parfois, nous faisons nos devoirs ensemble et Junge m'aide à étudier. Il est très gentil et ne refuse jamais de m'expliquer un truc que je ne comprends pas. »



(1) Ici, les années scolaires sont comptées de la première à la dernière sans interruption : maternelles (3 ans), primaire (6 ans), collège (3 ans) et lycée (3 ans). 15 année donc avant le « bac ».



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# Posté le vendredi 28 novembre 2008 13:20

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 08:17

Deaf, Blind, Dump - Part 2

Partie 2



« Vendredi 30 novembre. Aujourd'hui, Junge était malade. Ça ne lui arrive pas souvent. C'est même la première fois que je le sais malade. Les autres fois, je ne le connaissais pas encore. A l'origine, c'était un copain de mon frère. Mais comme ils traînaient tout le temps ensemble, c'est devenu aussi le mien. Comme Wil ne peut pas aller lui rendre visite, c'est moi qui y vais. Je lui apporte en même temps le travail de la journée. »

- Junge, il y a quelqu'un pour toi.

- Ah ? Ahhh ! Joy. Entre, fais comme chez toi. Tu es certainement fatiguée d'être venue jusqu'ici. Tu veux quelque chose à boire ?

- Non merci. Et non je ne suis pas fatiguée. Tu sais, c'est la porte à côté.

- Ah bon ? On est voisin alors ? Enchanté.

- Gros bêta !

- Aïeuh, mais ça fait mal. On frappe pas les malades.

- Sinon, à par ça, t'as quoi exactement.

- Boh, une bonne grippe.

- Une mauvaise grippe.

- Ouaip, un truc dans le genre.

- Fait celui qui ne sait rien.

- Mais, mais... Le docteur, y m'a rien dit.

- Tu sais que t'es trognon quand tu fais le petit garçon.

Et ils éclatent de rire jusqu'à en avoir mal aux côtes, ou jusqu'à s'étrangler dans une quinte de toux en ce qui concerne Junge.

- Eh ça va, s'affole Joy.

Junge hoche la tête en signe d'affirmation et essaye de se reprendre.

- Oui, ça va, souffle-t-il, la voix rauque.

Il se rallonge. Sa respiration est sifflante et il semble épuisé.

- Bon, je vais te laisser. Je dois faire mes devoirs, moi aussi.

- OK. A plus alors.

« Il n'a même pas attendu que je sorte pour fermer les yeux et... s'endormir. Ça doit être sérieux pour qu'il se laisse aller comme ça. Doucement, je me penche et... dépose un bisou sur sa joue pour lui dire de bien se reposer et de récupérer vite. »

« 6h 14. Je cligne des yeux sous la lumière éblouissante des rayons du soleil. Il me faut un certain temps avant de me rendre compte que le soleil n'est pas encore levé à six heures du matin en décembre. Je me lève, descend et prépare mon petit-déjeuner. Non, je ne suis décidément pas du matin. Et quelle galère de se lever tôt un samedi. Tout ça pour l'athlé. Enfin bon ! Une condition physique, ça s'entretient. En plus, tirer à l'arc, ce n'est pas rien. Comment c'est arrivé déjà ? Ah oui, je m'en rappelle. »

« Mon frère faisait déjà de l'athlétisme depuis deux ans, et j'allait le voir tout les jours après ses cours. J'aimais bien regarder mon grand frère faire montre de ses prouesses à la course à pied. Un jour, alors qu'il se faisait railler par les membres de la section saut en hauteur, j'en vins à prendre sa défense. Evidemment, il s'en prit plein la gueule encore plus.

- Hin, il est même pas cap de se défendre tout seul. Il a besoin de sa petite s½ur pou...

- T'avait peur de faire le premier pas, donc elle est venue, coupa Junge qui venait de nous rejoindre. Maintenant, tu peux aller chercher la tienne de petite s½ur.

- De quoi tu t'mêles, salope. On a pas besoin de clettes dans le club.

- Ta gueule, lâchai-je sans prévenir.

- Oh, mais, c'est qu'elle pourrait mordre.

- Tu veux te mesurer à elle ?

- Hein ?

- Tu fais le fier avec ton record et t'aurais peur d'une... gamine ?

Et c'est parti. Cap ou pas cap ? Tir à l'arc à cinq mètres. Facile non. Sauf quand on ne sait pas tirer à l'arc. Je fis un beau dix point – à peut près au milieu du rayon de la cible. L'autre la toucha de justesse. La honte ! Se faire battre par une gamine de onze ans. Puis, Wil lui montra à son tour de quoi il était capable : le centre à quinze mètres. Et oui, il fallait se rendre à l'évidence : il était très doué dans un grand nombre de domaines. Et tant qu'on y est, Junge régla ses comptes. L'autre gars sautait à un mètre cinquante-sept. L'androgyne, quant à lui, faisait un mètre soixante-neuf. Record battu dans leur année. Là, celui du saut en hauteur pouvait aller se rhabiller. »

« Voilà, c'est comme ça que j'ai commencé le tir à l'arc. Et c'est aussi comme ça que j'ai connu Junge. »

« L'entraînement se passe comme tous les autres : éreintant et extrêmement défoulant. Après ça, dîner – salade folle – et cours de piano après-midi. Et oui, j'ai un emploi du temps très chargé. Mais, je fais du piano depuis bien plus longtemps que l'athlétisme. J'ai commencé comme ça, pour voir ce que ça faisait de jouer d'un instrument. Comme d'habitude, Wil m'avait déjà précédée : il joue du violon. Et il joue bien. Tout ce qu'il fait, il le fait bien. En plus, il aime toucher à tout. Toutes les disciplines et toutes les cultures le fascinent. Un peu comme la vie : il est toujours émerveillé par la diversité de formes et de couleurs qu'elle peut prendre. C'est pour ça qu'il fait la bio. Parce que ''la vie est fascinante et qu'elle étonne toujours''. Un grand philosophe mon frère. J'ai toujours dit qu'il avait raté sa vocation. Bon, pour en revenir au piano, j'aime bien. Et puis comme ça, je peux accompagner mon frère et Junge qui, lui, joue de la flûte traversière, de la trompette, bref, plein d'instruments à vent. ''Que du vent'' comme dirait Wil pour le taquiner. ''Moi, au moins, je fais du vent et j'ai plusieurs cordes à mon arc'' qu'il répond. Il faut savoir que Wil et Junge jouent tous deux de la guitare. Et quand ils s'y mettent, ça fait mal. »

« Aujourd'hui, Junge se sent mieux. Pour preuve, il est installé dans le canapé, un des endroits qu'il affectionne tout particulièrement. C'est même devenu un sport dans lequel il excelle : le canaping. Wil s'y est mis aussi, mais il ne lui arrive même pas à la cheville. »

- Salut, ''Billie''. Alors, tu vas mieux à ce que je vois.

- Salut, ''Koy''.

- ''Koy'' ?

- Ben oui, tu sais, les poissons rouges qu'on met dans les bassins pour faire joli.

- Le rapport ?

- Le même qu'entre Junge et Billie.

- Mais il y en a un.

- Selon ton débile de frère.

- Il n'est pas débile. Dis tout de suite que tu n'es pas réceptif à son humour.

- Humour totalement débile je te dis. Sinon comment ça va bien ?

- Bien, puisque tu le dis. Tu canaping.

- Ouaip.

- Ce n'était pas une question.

- Tu es venue pour te foutre de ma gueule ?

- Mais non, je te rassure. Je suis venue voir comment tu allais pas mal. Et aussi, pour te faire profiter de mon talent au piano.

- Ben voyons. Tu ne viendrais pas plutôt pour mes beaux yeux ?

- Prétentieux. Enlève tes chaussettes.

- Non merci, mes chevilles vont bien.

« Je m'assieds au piano qui se trouve dans le salon, et qui appartient à la mère de l'adolescent. Lentement, je fais glisser mes doigts sur les touches en ivoire, faisant s'élever dans le silence de l'après-midi une douce mélodie mélancolique. C'est mon répertoire favori : ''mi-figue mi-raisin'' comme dirait mon frère. Davantage mi-triste mi-heureux à mon avis. Et nous nous laissons bercer par le rythme lent et profond de la musique. C'est l'instant parfais pour faire une... Soudain... »



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# Posté le vendredi 28 novembre 2008 14:55

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:45

Deaf, Blind, Dump - Part 3

Partie 3



« ''Billie''. C'est mon frère qui a trouvé ce... sobriquet pour désigner notre ami commun. D'où il sortait ça ? C'est censé faire référence à un personnage fictif. Dans cette fiction, un des héros, Bill, est androgyne, et beaucoup de ses amis sont persuadés que c'est une fille. Et le féminin de ''Bill'', et bien, il semblerait que ce soit ''Billie''. Voilà toute l'histoire. C'est con, hein ? Mais, si mon frère l'appelle comme ça, c'est plus affectueux qu'ironique. Et quand Wil trouve un petit surnom à quelqu'un, c'est qu'il est prêt à lui faire une confiance aveugle. Comme c'est le cas avec Junge. Junge... »

« Soudain... Je sens quelque chose sur mes hanches. Les mains de Junge. Ses mains. Il s'est levé et approché sournoisement, sans que je ne m'en rende compte. Les battements de mon c½ur s'accélèrent et mon souffle devient court. Je n'aime pas ce sentiment d'angoisse qui m'oppresse.

- Joy..., murmure Junge.

Je peux sentir sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration. Il est calme et posé.

- Tu ne viendrais pas plutôt pour mes beaux yeux ?

Ce n'est pas une question. Je me retourne pour lui faire face et... »

Lorsque Joy se retourna vers Junge pour lui faire face, celui-ci se pencha et vint coller ses lèvres contre les siennes, furtivement. Il recommença une deuxième fois, puis une troisième fois. Et puis, au lieu de se détacher et de l'interroger du regard, il demanda la permission pour entrer. Joy ferma les yeux. Pas besoin de réponse. La langue de Junge s'avança lentement, cherchant sa moitié. L'ayant trouvée, il se mit à jouer avec, tantôt pressant sur sa pointe, tantôt parcourant son corps effilé. Il tourna longtemps autour avant de glisser vers l'extrémité, restant quelques secondes comme cela, puis s'en alla.

« C'est fini. Ça n'a pas duré longtemps. Ou plutôt, ça a duré une éternité. Quand nous nous sommes séparés, je n'ai rien dit. Il n'a rien dit non plus. Je suis rentré chez moi, après. Nous avons soupé. Puis, je suis montée me coucher. »



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# Posté le vendredi 28 novembre 2008 14:58

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:45

Deaf, Blind, Dump- Part 4

Deaf, Blind, Dump- Part 4

Chapitre 2 : During Happiness



Partie 4



« Aujourd'hui, je suis invitée à ''goûter'' chez Junge. Pourquoi pas. Je me lève alors qu'il est déjà 13h 29. Je dors mal en ce moment. Ce qui n'est bien sûr pas une excuse pour se lever si tard. L'excuse, c'est que c'est le seul jour de la semaine où je peux me faire du gras au lit. Et ''tu en aurais bien besoin'' comme me dirait mon frère. C'est vrai que, du haut de mes cent soixante-trois centimètres et demi, je ne pèse que quarante-sept kilos. ''Franchement anorexique'' dirait Wil. Mais je n'y peux quand même rien si j'ai un petit estomac. Moi, je ne suis pas capable de descendre trois cent grammes de pâtes d'un coup ! Enfin bon... Je me regarde encore une fois devant la glace avant d'opiner du chef et de descendre déjeuner. Aujourd'hui, j'ai mis un chemisier blanc, ma mini-jupe rouge – en accordéon – et des bas noirs. Je mettrais mes ''mitaines à rallonge'' rayées noir-rouge juste avant de partir. Junge aime bien les voir. Il dit toujours ''on dirait que tu portes des chaussettes''. Ça le fait rire et le met de bonne humeur. Voilà. »

« Junge a l'air d'être complètement guéri. Il est de bonne humeur et mange avec appétit. Il a été nous chercher des éclairs au chocolat. J'adore les éclairs et il le sait très bien. Quand je suis arrivé, il était au téléphone. C'était Wilhelm. Il prenait de ses nouvelles et l'a ''félicité''. Les nouvelles vont vite on dirait. »

« Sa mère est sortie. On est donc seuls, tout les deux. C'était prémédité. Il y a un silence gêné. ''C'est parce qu'on mange'' fait remarquer Junge, comme pour répondre à une hypothétique question silencieuse. Moi, je ne vois pas les choses comme ça. La nouvelle ''relation'' qui s'est installée entre Junge et moi y est pour quelque chose. J'ai déjà eu des petits copains, mais Junge, c'est différent. Junge, c'est presque quelque chose d'inaccessible. C'est comme la pomme du jardin d'Eden : on peut la regarder, l'apprécier mais pas la goûter. »

« Alors que je me perds dans la contemplation de cet être d'exception, je suis tiré de ma rêverie. »

- Tu ne manges pas ? demande Junge.

- Si, si, je mange.

- Mes yeux te fascinent tant que cela ?

- Ne te prends pas pour le centre du monde.

- La seule prétention que j'ai est de me croire le centre de ton monde...

« Le goûter terminé, nous allons dans le salon et nous installons dans le canapé. Junge me tient dans ses bras. Il me serre. Mon frère m'a toujours dit que Junge était quelqu'un dont il fallait prendre soin, qu'il avait besoin des autres pour exister. Je crois que je commence à le comprendre. Jusqu'à présent, Junge n'avait été ''qu'un copain'', un bon ami. Je le ressentais plus proche de mon frère que de moi. Ils ont même peut-être eu... une relation. Je n'en sais rien. Mais, maintenant, je ''ressens'' Junge ''plus fort''. C'est comme si je lui devais quelque chose. Il faudra que je demande à Wil s'il ressentait ça aussi lorsqu'ils étaient vraiment très proches. »

« Je suis de retour chez moi. Il ne s'est rien passé. On est resté là, sans rien faire, profitant simplement de la présence de l'autre. C'est ça aussi une relation : ''le silence parlant'' comme diraient Wil et Junge. Ils ont le même point de vue sur la question. C'est peut-être pour ça qu'ils s'entendent si bien : ils se comprennent. ''Le silence de quelqu'un de proche est plus blessant que ses incessantes remarques. Lorsque cette personne te critique, c'est qu'elle fait attention à toi. Lorsqu'elle t'ignore, lorsqu'elle ne te regarde plus, tu doutes de ta valeur à ses yeux.'' C'est comme ça qu'ils voient les choses. ''Qui aime bien châtie bien'' comme dit le proverbe. Certains diraient que s'il n'y a pas de communication, ça ne rime à rien. Moi, je la trouve bien, cette relation. Bien comme ça. »



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# Posté le dimanche 30 novembre 2008 02:22

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:45

Deaf, Blind, Dump - Part 5

Partie 5



« Parfois, c'est lourd l'école. Et pas toujours amusant. Heureusement que, des fois, il y a des moments de détente. Même si la pression continue toujours. Ça y et, tout le monde est au courant pour Junge et moi. En général ça passe bien. Même si certains ne peuvent pas se retenir d'être méchants. Surtout sur Junge. ''Comment tu peux sortir avec ça ?'' qu'ils se demandent. Pour moi, c'est beaucoup plus simple. Je ne me le demande pas. Ma seule incertitude, c'est le bonheur. Peut-on espérer le bonheur ? Peut-on choisir de construire une vie basée sur le bonheur ? J'aimerais tant rendre heureuse la personne qui compte le plus au monde pour moi. Est-ce une utopie ? ''Ça existe, le bonheur heureux ?'' m'a une fois demandé mon frère. ''Le bonheur, n'est-ce pas quelque chose de factice, derrière quoi on se cache pour éluder les vraies questions ?'' Il est comme ça mon frère. Méchant dans ce qu'il dit. Il est en admiration devant la vie, mais n'espère plus rien pour elle. Sa façon de vivre ? ''L'indifférence au monde est culte pour ceux qui ne croient plus en la valeur ultime de la vie : le bonheur.'' Junge doit certainement penser la même chose. J'ai déjà surpris leurs conversations ''philosophiques''. C'est pour ça que je me pose plein de questions sur le bonheur. Mon bonheur. Notre bonheur. Maintenant. A tous les deux. A nous. »

- Ça ne va pas ? demande Junge.

- Hein ? Si si, ça va.

- Tu avais l'air soucieuse. Comme perdue dans tes pensées.

- Je pensais à... à tout ça.

- Tout ça ?

- Nous. Je me demandais si... si on pouvait espérer être heureux ensemble.

- Heureux ? Va savoir.

- ...

- Plus on est proche de quelqu'un, plus on redoute la solitude (2). L'amour blesse. Quand on aime, on donne beaucoup, mais on reçoit peu. L'amour tue.

« Pourquoi Junge ne peut-il pas me rassurer ? Je doute, et il me fait douter plus encore. »

- Mais moi, je suis capable de te rendre heureuse. Ce ne sera peut-être pas le bonheur rêvé, mais ce sera quand même le bonheur. Même si nous sommes tristes, même si nous ne sommes pas heureux, ce sera notre bonheur.

« Junge resserre son étreinte autour de moi. »

- Alors, ne pense plus à ça. Pense à nous. Maintenant.

« Je ne sais pas si tout ce que m'a dit Junge sur nous me met en confiance. Mais j'essaye de positiver et de faire comme lui. Pourquoi se prendre la tête inutilement quand il n'y a pas de raison. Je me regarde encore une fois dans le miroir. Ou est-ce le miroir qui me regarde (3) ? Ça y est. Je me mets à parler comme lui. C'est que ça va alors, si je me rabaisse à son niveau. Oooh... Qu'est-ce que je peux être méchante quand je veux – en pensées. Bon. Il est temps de descendre déjeuner. Pour une fois que je me lève tôt. Note relation a au moins ça pour elle : elle me fait lever dès l'aurore. Comme ça, on va ensemble à l'école, Junge et moi. Main dans la main. On peut profiter un peu de nous. Après, on ne se voit pas beaucoup de la journée. Et le soir, après les cours, on a nos devoirs. »

« Vendredi 14 décembre. Une après-midi d'athlétisme. Mon ''fléché'' est toujours aussi incertain. Touchera, touchera pas ? Mais je persévère. Je suis presque toujours dans le dernier cercle avant le centre. Ce qui n'est déjà pas si mal à cette distance. Je ne me décourage pas : avant la fin de l'année, je serai au centre. Et Junge fera son cent mètre en 9''69. Il est déjà à 10''00. »

« Ce week-end, je vais acheter le cadeau de Junge. C'est bientôt Noël. Les décorations sont déjà installées et les sapins commencent à se remplir de boules et de guirlandes. C'est chouette, Noël. C'est l'occasion de se retrouver tous ensembles, de bien s'amuser et de vraiment partager un moment de bonheur. C'est dur aussi. J'ai beau connaître Junge depuis assez longtemps, je ne sais pas quoi lui offrir. Je ne sais pas de quoi il a besoin. J'ai demandé conseil à mon frère. Il m'a répondu que ce n'était pas lui qui sortait avec. Il m'a dit aussi ''du moment que ça vient de toi, ça ira''. Il croit que le plus beau cadeau que Junge pourrait espérer avoir, c'est ma présence à ses côtés. Ça ne résout pas mon problème. Je ne vais quand même pas me mettre un ruban dans les cheveux et dire ''cadeau''. Je réfléchissais encore lorsque que mon regard s'arrêta. »

« Ça y est, enfin trouvé : le super cadeau. Je suis sûre qu'il va adorer. Pour plus de précautions, je mettrais quand même un ruban. Qui sais. »


(2) Il s'agit d'un koan. Le koan est un propos zen, volontairement absurde, destiné à nous faire réaliser les limites de notre logique. Son but est de nous éveiller à une expérience directe et intuitive de la réalité. En effet, le contenu paradoxal du koan le rend insoluble par la pensée. Le koan a donc pour but de court-circuiter notre mental dualiste. Ce sont des phrases insensées servant à faire sauter les barrières intellectuelles, nous plaçant nus et sans défenses devant l'absolu. Là où précisément « le langage n'exprime pas les choses, et les discours ne transmettent pas l'esprit ».

(3) Il s'agit d'un autre koan.




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# Posté le lundi 01 décembre 2008 15:35

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:46

Deaf, Blind, Dump - Part 6

Partie 6



- Joyeux Noël, crie Junge.

« Pour l'occasion, Junge nous a emmenés à la mer. En plein hiver. Pourquoi pas ? »

- Oooh...

- Alors, tu en restes sans voix, hein ?

- Junge, mais...

- Ben voyons. Depuis le temps que ton frère me soûle avec ça. Remarque, je n'ai pas attendu qu'il me le dise pour le faire. C'était prévu depuis longtemps.

« Junge m'a offert un joli petit chiot. Déjà toute petite, j'en voulais un dont je pourrais m'occuper. Mais, on n'a jamais eu l'occasion d'en acheter ou d'en recueillir un. Maintenant, j'ai l'air bête avec mon cadeau minable. »

- Joy. Pourquoi tu serres ton paquet contre toi. Tu vas finir par le déchirer.

- He ben, c'est que... A côté de ça, ce n'est pas aussi...

« Il ne m'a pas laissé terminer ma phrase. Il s'est doucement rapprocher de moi, et a fait glisser le paquet de mes mains vers les siennes. Délicatement, il a passé son doigt fin entre le scotch et le papier, à une extrémité, puis à l'autre, et enfin au centre. C'était très méticuleux. Le papier était rouge et vert, avec des petits sapins dessus. Pas de déchirures. Tiens, comme Wil. Encore un point commun dont j'ignorais l'existence. Jusqu'à quel point se ressemblent-ils ? »

- Oh !

- Si tu n'aimes pas, c'est pas grave. Je... je...

- Je me suis retenu.

« Je ne comprends pas. »

- J'ai failli m'exclamer ''comme c'est trognon'', mais c'est pas trop mon genre. C'est pourtant la première chose qui m'est venue à l'esprit.

« Il met le bonnet que je lui ai choisi. Il est rouge et jaune, avec un gros pompon blanc. »

- Ça c'est le pompon, s'exclame Junge, un grand sourire en se regardant dans le miroir. Merciii. Ça me fait trop plaisir. Mais... c'est vrai que ça ne paye pas de mine à côté du chiot.

« Mon c½ur rate un battement. »

- Heureusement que tu as apporté un deuxième cadeau, sinon j'aurais été franchement déçu.

« Ça me fait un peu mal. Je ne comprends pas ce qu'il veut dire. Il essaye certainement de jouer avec les mots, mais je sens quand même les larmes me monter aux yeux. Il revient s'asseoir en face de moi, sur le lit. »

- C'est moi qui devrais pleurer de joie. Le deuxième cadeau est vraiment magnifique.

« Il lève lentement la main et vient caresser mes cheveux. Doucement, il défait le ruban qui s'y trouve. Il laisse sa main et approche son visage du mien. Nos lèvres se rencontrent, et sa langue vient caresser la mienne. Progressivement, il se penche en avant alors que je recule. Il fait nuit dehors. La nuit de Noël. Il faut en profiter. Demain, Wil et d'autres copains nous rejoindront. »

« Si l'éternité existait, je voudrais y croire. Je voudrais que ce moment ne s'arrête jamais. Ce moment où nos esprits se rejoignent pour ne faire plus qu'un. »

« Ça y est. Wil et les autres sont arrivés. Ils font ou ont fait partie du club d'athlé. C'est une ''réunion de famille'' comme dirait l'autre. Ce soir, tous au resto. »

« Il y a beaucoup d'ambiance. Et, comme à chaque fois que des étudiants sont de sortie, l'alcool est au rendez-vous. Tous les garçons ont bien bu et commencent à raconter n'importe quoi. Et je n'aime pas forcément la tournure que prend la conversation.

- Eh Junge, c'est elle ta copine ? Elle est bien jolie, tu ne trouves pas ?

- Boh. Elle n'est pas aussi jolie que ***. Elle, elle est vraiment canon.

- C'est vrai, mais là, on ne joue plus dans la même catégorie.

- Eh là, parle pas de ma s½ur comme ça ou j't'éclate.

Wil ne tient pas forcément bien l'alcool. Il n'est pas violent, mais il y a des limites à ne pas dépasser.

- Quoi, t'es pas d'accord ? Si t'as une s½ur banale, c'est pas ma faute.

- Laisse dire, Wil. C'est un crétin quand il a bu.

- Remarque, Wil aussi est un crétin.

- Tu veux voir qui est un crétin ?

- T'en fais pas, me souffle à l'oreille Junge. Moi, je trouve que t'es super mignonne.

Même s'il a bu, Junge arrive encore à sortir quelque chose de cohérent. D'habitude, comme me l'a raconté mon frère, il est incapable d'aligner deux mots et embête tout le monde jusqu'à ce qu'il sombre.

- Viens, c'est trop agité ici.

Junge se lève et m'emmène vers l'extérieur. Il fait froid. Je me serre donc contre son corps.

- Ça va ? qu'il demande.

- Oui.

- Tu sais, ils peuvent bien te trouver moche. Je préfère même. Comme ça, ils restent loin de toi. J'aime pas partager. Et je partage ma copine avec personne. Même avec ton frère.

- Eh, Junge, où tu vas comme ça ?

- Ça te regarde ?

- C'est ma s½ur j'te signale.

- Et alors. C'est ma copine.

L'alcool fait encore de l'effet.

- Junge, Wil, arrêtez de vous conduire comme des gamins.

- Tais-toi, c'est une affaire d'homme tout ça.

Je m'écarte de Junge. Je recule.

- Non mais, vous vous croyez où là ? Au cirque ? Tant que vous y êtes, vous ne voulez pas vous battre pour moi, non ?

Mais déjà, ils ne font plus attention à moi. Ils ont tellement bu qu'ils ont un trop plein d'énergie à dépenser. J'espère juste qu'ils ne s'amocheront pas de trop. Que pourrais-je faire de toute façon, avec ma force de fourmi ? »

« Lundi 14 janvier. Je leur en ai voulu pour leur bêtise. Mais bon, l'eau à coulé sous les ponts et je leur ai pardonné. Ma bêtise aurait égalé la leur si j'avais continué à les ignorer. Pour se faire pardonner, Junge m'emmène au Zoo. A Cologne. Ce n'est pas le rencard rêvé, mais j'aime bien. Ça permet de changer d'air et de s'émerveiller devant la diversité de formes et de couleurs que peut générer la vie. ''C'est pour ça que Wil fait la bio. Et c'est aussi pour ça que je vais la faire'' m'a dit Junge, le soir. Nous restons deux jours. C'est tellement grand, et toutes les espèces méritent qu'on leur accorde le temps nécessaire pour voir une petite fraction de leur vie quotidienne. La vie. Au jour le jour. C'est comme ça qu'il la voit. Vivre à l'instant présent. ''Leb die Sekunde.'' L'avenir est tellement incertain qu'il vaut mieux se préoccuper de l'instant présent. ''Ce qui importe, c'est de construire un meilleur présent'' dirait Junge. Le bonheur au présent... »



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# Posté le mardi 02 décembre 2008 15:26

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:46

Deaf, Blind, Dump - Part 7

Partie 7



« Vendredi 25 janvier. Aujourd'hui, Junge n'est pas venu en cours. Ni à l'athlétisme. Il n'a prévenu personne et ne m'a pas donné de nouvelles. Je vais le voir. Je veux savoir ce qui ne va pas dans sa vie, maintenant. »

- Ah. C'est toi.

« Il n'a pas l'air content de me voir. C'est sa mère qui m'a ouvert la porte. Je suis monté dans sa chambre. Il est là, assis, le dos contre la tête du lit, la sienne sur ses genoux, les mains passées autour de ceux-ci. Il est mignon comme ça. Sauf qu'il fait visiblement la tête. Il est en pyjamas : un T-shirt et un short. »

- T'as pas l'air content de me voir.

- Pas tellement, non. Je préfère rester seul, là.

- Désolé de m'en faire pour toi. Je m'inquiète moi. Pourquoi tu ne veux pas me parler ? Tu m'as évitée toute la semaine.

- C'est peut-être que je n'ai pas envie de te parler.

Silence.

- Pourquoi tu dis des choses blessantes ?

- Pourquoi t'est là ?!

« J'ai senti de l'eau couler sur mes joues. J'ai mal. Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais encore jamais eu aussi mal. Ça fait mal de pleurer quand c'est involontaire. Ça fait mal quand ça vient de celui qui est tout pour nous. »

- Laisse-moi maintenant. Je veux rester seul.

- Pourquoi... pourquoi... tu ne... me laisses... pas... t'aider ?

« Je suis partie. C'était trop pour moi. Je n'ai pas tenu. Je n'ai rien su faire. Je repense à ce qu'il m'a dit juste avant que je ne claque la porte. ''Un garçon ne doit pas se montrer faible. Il n'a pas le droit de pleurer. Parce qu'il est là pour protéger et consoler. S'il s'effondre, qui sera là pour le protéger et le consoler à son tour ?'' Que pouvais-je réponde à ça ? Je ne comprends pas ce qu'il a. Et il ne veut pas être compris. Pourquoi chercher à comprendre les personnes qui ne veulent pas être comprises. Pourquoi vouloir à tout prix aider ceux qui ne veulent pas être aidés ? Je suis partie parce que je n'ai pas de réponse. Je suis partie et je l'ai laissé. »



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# Posté le mercredi 03 décembre 2008 11:36

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:46

Deaf, Blind, Dump - Part 8

Deaf, Blind, Dump - Part 8

Chapitre 3 : After Happiness



Partie 8



« Voilà. C'est fini. Je suis retournée une dernière fois pour lui dire de ne plus rien attendre de moi.

- Le monde n'est pas là que pour toi !

- Mais toi, tu es là pour moi, non ?

- ...

- Alors voilà. C'est ça, le destin de notre bonheur ?

Silence.

- Adieu... Junge. »


« Mardi 5 février. J'aime bien le mardi. On a sport – athlétisme pour moi, comme je suis dans le club de l'école – et orientation. ''Orientation'' est le terme choisi par notre administration pour désigner les heures consacrées à notre ''orientation spéciale''. ''Philosophie et lettres'' est mon orientation générale. Celle-ci se décline en plusieurs orientations spéciales : Allemand 4+2, Anglais 4+2 ; Allemand 4+2, Histoire 2+2 ; Allemand 4+2, Histoire 2+1, Philo 2+1. Moi je suis dans la dernière. Je le trouve intéressant, le cours de philo. Surtout que j'aime bien le prof. Lui, au moins, il ne nous prend pas tous pour des demeurés, pas comme certains de nos autres profs. »

« Je croise Junge en cours et à l'athlé. Tout le monde sait que nous ne sommes plus ensemble. Personne ne dit rien. Ils savent aussi ce ça c'est mal terminé. C'est pour ça que tout le monde s'abstient de commentaires. Même si nous changeons avec le temps, il y certains souvenirs qui ne s'effacent pas. Et qui peuvent nous retenir toute notre vie. ''On ne rencontre qu'une seule personne qu'on aime à la fois.'' C'est une phrase que j'ai lue dans un manga. C'était nous. C'est l'histoire de l'amour d'un garçon et d'une fille. Un amour difficile. Ça m'a beaucoup touché, mais je ne connais pas encore la fin. ''Une à la fois.'' J'aime Junge. Même si c'est fini, je l'aime. Je ne pourrais pas aimer quelqu'un d'autre autan que lui. Pas maintenant que je l'ai rencontré. »

« Jeudi 14 février. Saint-Valentin. Qui ne connaît pas cette fête ? Personnellement, je ne sais pas pourquoi c'est la fête des amoureux aujourd'hui. Je ne m'étais jamais posé la question avant. Il semblerait que ce soit la relique chrétienne de fêtes de l'Antiquité et du Moyen Age. Mais, beaucoup de légendes courent sur les ''valentins'', et on ne sait plus toujours ce qui est avéré de ce qui est pure invention. »

« Il a essayé de me parler aujourd'hui. Après tout ce temps. Mais, je n'étais pas prête à l'écouter. J'ai attendu pourtant. Je me suis dit que je pourrais supporter cette situation. Et puis, j'ai tourné la page. Même les meilleures choses ont une fin. On en fait de bons souvenirs. Un beau jour, on oublie, et on passe à autre chose. Je ne veux pas oublier. Mais je ne veux plus donner sans recevoir. C'est peut-être égoïste de ma part. C'est égoïste. Et je n'ai aucune mauvaise excuse à formuler. C'est comme ça. Il n'y a pas toujours de raison à nos actes. Ne dit-on pas que ''le c½ur a ses raisons que la raison ne connaît pas'' ?

« Jeudi 21 février. Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Wilhelm. Il est revenu pour l'occasion. On l'a toujours fêté ce jour-là, quel que soit le jour de la semaine. Du soir jusqu'au petit matin, avec alcool à volonté. Une vraie fête estudiantine. Ce n'est certainement pas raisonnable, et beaucoup de nos parents nous diraient que nous sommes des jeunes irresponsables, que nous hypothéquons notre avenir, que l'excès nuit à la santé, et d'autres choses du genre. Mon frère part du principe que quand c'est exceptionnel, rien n'est interdit, tant que ça reste dans les limites du raisonnable bien sûr. Il est pour les expériences intéressantes, mais pas pour la destruction de note vie, celle-là même qui nous a été donné par nos parents. Cette précieuse vie, que nous devons considérer comme un ''cadeau'' de la Nature aux êtres vivants. ''La vie est une expérience unique. Il faut en profiter. Car on ne meurt qu'une fois.'' »

« Jeudi 21 février. Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Wilhelm. Il est revenu pour l'occasion. On l'a toujours fêté ce jour-là, quel que soit le jour de la semaine. Du soir jusqu'au petit matin, avec alcool à volonté. Une vraie fête estudiantine. Et, cette année plus que les autres, l'alcool coulera à flots. C'est Wil qui l'a décidé. ''Pour fêter le départ de Junge.'' Oui. Junge est parti. Wil était allé le chercher pour préparer la soirée, comme chaque année depuis qu'ils se connaissaient. A peine avait-il quitté la maison qu'il était déjà revenu. Seul.

- Junge ne devait pas venir ?

- Il est parti. Il a laissé ça pour toi.

C'était un message. »


« On ne se comprenait pas. Mais, il n'est pas interdit de ne pas comprendre. Ça fait partie des apprentissages de la vie. Comprendre. Notre existence est basée sur une compréhension mutuelle. Et c'est quand on a quelqu'un à comprendre que l'on se sent le plus exister. C'est quand on a quelqu'un à protéger que l'on se sent le plus exister. Je n'ai pas su comprendre. Je n'ai pas su protéger. Je n'ai pas su exister. Je suis désolé. Désolé pour tout. »


« C'était signé Junge. J'ai senti monter les larmes. Je ne les ai pas retenues. Je ne pouvais pas. Je ne voulais pas. Ça n'aurait pas dû se passer comme ça. Ça ne doit jamais se passer comme ça. Et pourtant... »



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# Posté le jeudi 04 décembre 2008 11:43

Modifié le samedi 13 décembre 2008 12:47